Avec un tel nom, on ne pouvait pas s'attendre à un disque de pop. A fortiori, lorsqu'on apprend que Amaury Cambuzat est le leader (y a-t-il d'ailleurs dans ce trio un leader ?) de Chaos Physique. Pourvoyeur de musiques de traverse que ce soit au sein de son groupe Ulan Bator ou en solo, comme producteur ou responsable de son label Acid Cobra records, Cambuzat n'est pas le genre d'homme à faire des compromis. Il aime le rock et encore plus la tension que crée le rock. Associé à Diego Vinciarelli et Pier Mecca, il jette avec ce projet un nouveau pavé dans la mare, une déclaration d'intention (de guerre ?) à tous les tenants du rock formaté et de consommation courante. The Science of chaotic solution n'est pas un album facile. Plutôt un album insaisissable qui manie l'art de la violence contenue ou exprimée et entame un jeu de cache à cache avec l'auditeur. L'album alterne des périodes d'attente et des moments de violence mécanique sur fond de guitares noises et de batteries indus ou tribales, on en sait plus très bien, (Lithanie for the monkey, Spaghetti frogs). Chaos Physique revient aux sources du bruit blanc (Throbbing Gristle, Einstürzende Neubauten), une sorte de violence moléculaire aussi simple qu'un assemblage de Neutrons, protons.
Les moments "calmes" font d'abord naître un sentiment de frustration : la puissance psychédélique est là latente mais ne remonte pas à la surface. Quand on a enfin compris que le trio peut décider sur un coup de tête de marteler sa violence, notre réaction vis à vis de la musique va évoluer. Les autres digressions seront dès lors perçues comme des moments d'accalmie précaire du bord du gouffre. Pourtant, la musique ne devient jamais "ambiant" : chaos physique se rapproche plutôt du jazz dans une version noise voire new wave (Jeux de promesses, morceau le plus mélodique et donc le moins chaotique de l'album). Le chanteur, Amaury Cambuzat, pose des mots sur ces musiques instables et ses vocaux sont aussi libres que ceux de Rodolphe Burger avec ou sans Kat Onoma (Arum Titan). Le dernier titre de l'album Socrate rock, longue déambulation à la dissonance maîtrisée, démontre que le groupe est arrivé à ses fins : on a carrément peur de ce qu'il pourrait arriver et nous devons accepter de vivre avec ce sentiment : le chaos est bel et bien là.

denizor
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le 8 janv. 2017

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