There’s No Devils at All, It’s Just the System par denizor

OVNI musical entre hardcore, jazz et hip hop (et plus encore), Zarboth débarque sur Terre prêt à tout faire péter (et surtout les cloisons musicales)


Pas facile à aborder cet album. Une multitude de styles agglomérés, un message politique mis en exergue dans son titre (Il n’y a pas de diables, c’est juste le système) et pour parfaire le tout beaucoup de malice: Zarboth citant explicitement Talking Heads et son Remains in light, allant jusqu’à donner les crédits du disque et à citer les paroles de Once in a lifetime (Come give me the things). Référence n’aura jamais été autant clairement énoncée. Pourtant, le rapport avec le groupe de David Byrne et nos Français (oui, en dépit de son nom extra-terrestre, Zarboth vient bel et bien de notre bonne vieille planète Terre) n’est pas si évident, si ce n’est bien sûr l’ouverture d’esprit. De la part d’Etienne Gaillochet, batteur de We Insist et de Phil Reptil, guitariste de la Théorie du Reptile, on pouvait s’attendre à du spécial, à du radical. On n’est pas déçu du voyage. D’autant plus que la paire à trouver en Macdara Smith, le troisième larron idéal : à la fois rappeur-poète-trompétiste et illustrateur


There no devils at all, It’s just the system est un album qui tape fort, qui martèle, qui assène…Et pourtant dans ce qui semblerait parfois se rapprocher d’Henri Rollins, d’Alice in Chains (Popeye) ou de Body Count (last song), la ligne droite et directe se met rapidement à se tordre, la direction se met vite à vriller, le groupe brouille largement les pistes. Nous ne sommes pas dans un album monolithique mais bel et bien un rock anguleux avec, dans chaque recoin, un autre genre musical qui ne demande pas mieux qu’à exprimer sa singularité. Comme une nouvelle définition de la force qui, comble du paradoxe, commence dans une douceur relative avec Black Water. Le titre ne va pas en rester là, Zarboth n’étant pas groupe à faire du surplace. Il est d’ailleurs symptomatique de l’art du groupe de mélanger les genres avec un chant polymorphe : dans une instrumentation post-rock qui n’aurait pas démérité chez Tortoise, Macdara alterne intonation pop fleurie, énergie grunge et attitude de gourou adepte du spoken word, passant de l’un à l’autre avec une facilité déconcertante.


Mais par ses structures alambiquées, ses ambiances aussi tortueuses que torturées, une trompette en roue libre, Zarboth développe sa propre musique, renvoyant aussi bien à The Ex, Eric Truffaz, MC 900 Ft Jesus ou Zappa qu’aux groupes hardcore ou grunge sus-nommés. Un joyeux bordel que le trio retient en permanence d’une main de fer pour un résultat qui dynamite les certitudes. Une exploration musicale qui ne manque pas de poigne, ni de visions hallucinées. On sort de There no devils at all, It’s just the system, épuisé mais heureux.

denizor
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le 9 janv. 2017

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