Ting
7.6
Ting

Album de Nits (1992)

Sur la pochette, les quatre lettres N I T S équitablement dispersées comme des vents sur les quatre points cardinaux d'un cadran gris métallique en trompe l'œil, annoncent la couleur ou plutôt les transports auxquels notre écoute sera soumise. Avec ses 14 titres, Ting opère un tour d'horizon tracé au compas. 14 chansons impeccablement orchestrées, subtilement montées et candidement matures. Nous sommes en 1992 et depuis 18 ans les Nits se sont appliqués à remodeler le relief non pas des Pays Bas (quoique... avec In the Dutch Mountain on pourrait l'imaginer) mais davantage de la platitude d'un courant pop qu'on qualifie de mainstream. D'album en album, ces poètes des sonorités, du rythme et du pittoresque façonnent leurs objets musicaux et textuels, affinent leur sens et leur science de l'épure tant orchestrale que visuelle. Les Nits ont débuté presque au moment où les Beatles se sont arrêtés. La continuité a pu se prolonger ainsi en Hollande. Après la forêt norvégienne, le voyage s'est poursuivi à travers une Europe continentale habitée par une foule de rêves donnant libre cours à la description minutieuse de choses plus ou moins visibles ou à l'esquisse, aux portraits d'univers intérieurs ou de la surface des objets hantés par des âmes familières comme le souvenir. Un univers où le véhicule, comme matérialité de l'errance, cède la place à un voyage plus abstrait et pourquoi pas mental. Toutes ces divagations à la fois nettes et confuses sont rendues possibles dans Ting par le glissement des instruments emportés par une heureuse symbiose. Le violoncelle et la voix humaine traversent chaque morceau comme un passe muraille. Qu'importe les portes closes... On cogne à la porte ? C'est le piano de Robert Jan Stips qui frappe en souplesse, ondoyant sur toute la portée. Et puis il y a surtout les percussions qui se déclinent à foison. Ting est une exaltation de la ponctuation qui jaillit dans un semblant de continuité. Une ponctuation vibrante qui retentit comme une clarté ou une éclipse imprévisible. Une ponctuation brève comme un éclat à la surface d'une eau qu'on croyait opacifiée par sa profondeur. Ponctuation apaisante lorsqu'on entend le balancement des cloches dans l'obscurité renaissante d'une nuit (Night Fall). Ponctuation éphémère qui considère de fragiles bulles de savon à peine perceptibles avant leur évanouissement en plein jour. Ainsi à travers ces 14 chansons, on suit le fil tendu qui vibre ponctuellement comme les battements d'un cœur qui obéirait à une régularité qui nous échappe et nous captive à la fois.

Mehdisc
10
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Créée

le 7 mai 2025

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