Quand on entre dans une pâtisserie , surtout Américaine (j'ose à peine imaginer au Texas) on peut y trouver une perle ou deux, style la tarte Key-Lime de Key-West ou des horreurs au mashmallow. Cette métaphore me fait penser à cet album, voyons pourquoi...
L'album s'ouvre sur Take It Easy pas un mauvais titre mais un peu trop sucré avec une vanille au drum insipide. Les cordes de Michael Kamen (le célèbre arrangeur style Hollywoodien) sont justement un peu trop Hollywood et mièvre. Dommage on passe à côté et on sent toutes les possibilités que le morceau aurait pu avoir par moments...
I Am An American Child On A Nuclear Pile qui suit est un rock dans la veine politique de I Took A Walk (Faces) en moins inspiré . C'est pas mauvais mais c'est pas réussi . Le lead de guitare déménage et Shawn se démène mais le tout est un peu trop soufflé.
Implications est LA chanson de l'album. (ce pourquoi je donne un 7). Chanson d'amour désespérée devant ladite perte d'un amour évident. Ici l'orchestre symphonique se fait discrète et intelligente. Michael Kamen réussit ici son gâteau! Il faut se laisser pénétrer par ses cordes qui discrètement s'agitent derrière les vocalises de Shawn. Entre la guitare vaguement espagnole et les hautbois on retrouve Shawn à son plein potentiel. Et quand le crescendo commence et culmine avec : “ I must not loose my love again” un immense frisson nous parcoure. la voix merveilleuse s'élève ensuite sur une orchestration superbe et la joie envahit malgré tout l'artiste. Un tour de force ! De l'immense Shawn !
Lady In Violet suit avec une ouverture douce , entre la réussite et le mashmallow. Shawn s'en tire car l'es orchestrations ne sont pas trop insistante. Le drum horrible est sans intérêt et gâche un peu la sauce du pudding auquel on assiste. Dommage car ce morceau, en son moule, est une bonne chanson mais un peu trop de crème et de sirop gâche le pudding!
Good Evening Madam est un petit bonbon sucré avec un violon très Rufus Thibodeau (écouter Neil Young) et ça vire un peu western, un peu Kevin Ayers. Tout un mélange pour faire ce dessert ! On se laisse finalement prendre à la joie de Shawn si on s'abandonne.
Lament Pour L'Enfant mort est l'autre grand morceau du disque. Le titre dit tout. Ici Shawn atteint une connivence douloureuse avec l'orchestrateur. Et cette mort insuffle au morceau l'agonie respectueuse qu'un enfant mort-né provoque comme douleur. On n'est plus dans la vulgaire pâtisserie Américaine ici, on est chez Lenôtre ou Fauchon. Le piano est inspiré et déverse en petites touches ou en crescendo le parfait support. On reste glacé et bouleversé devant l'ampleur saisissante du traitement. On est pas loin de Peter Hammill et de son This Side Of The Looking Glass.
Julia's Letters s'ouvre sur un raté et Shawn qui compte le béat , puis demande qu'on reprenne. Après l'ampleur du morceau précédent c'est un choc qui passe très mal. Comme si on recevait une tarte au citron en pleine face ! Vite on s'essuie et on passe à autre chose.
Le vent de Motes of Dust nous calme avec sa voix lointaine qui grandit. C'est très beau, l'orage s'en vient dans un calme zen. Shawn y déploie sa voix de façon admirable. On pense un peu à Ennio Morricone ici et sa musique de films pour ses western spaghetti. Mais au-delà de cela il manque un peu de mordant à ce soleil couchant, à cette crème brûlée pas assez brûlée. Et le vent emporte tout cela....
Ease Your Mind est construit sur la douceur encore une fois. On se croirait dans la musique d'un grand film Américain. C'est joli, doux comme un mille-feuilles , rapide à manger comme un éclair.
Transcendance aurait pu être un grand gâteau avec un orchestrateur un peu moins Américain et plus Britannique comme Michael Brand (Peter Hammill) . Le talent y es caché voire englouti par moments par son côté glouton musical qui dévore les parfums subtils des pâtisseries que Shawn tente d'élaborer.