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Weather Systems par Benoit Baylé

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Dans le paysage musical de la fin du siècle dernier et du début du suivant, clairsemées sont les formations qui auront su évoluer et se réinventer d’une manière si radicale que les anglais d’Anathema. A l'aube des années 90, alors que le grunge de Nirvana est en pleine ascension, les frères Vincent et Daniel Cavanagh lui préfèrent l’écoute et l’admiration de classiques doom des années 70/80 : Saint Vitus, Pentagram, Candlemass et bien sûr Black Sabbath. En hommage, ils commencent leur carrière dans le milieu et recrutent Darren White, chanteur, Duncan Patterson, bassiste, et John Douglas, batteur. D’abord attirés par le côté noir, obscur et odieux du doom, ils nomment le nouveau né Anathema, en français Anathème, pour au mieux imager l’univers désiré. Le chant torturé et peu harmonieux de Darren White couplé aux rythmes saccadés et lourds des guitares des frères Cavanagh permet au quintet de se forger une solide réputation dans les communautés ténébreuses de l’époque. Ce, jusqu’à l’auto-excommunication du vocaliste, laissant l’anathème dans une nébuleuse croisée des chemins : que faire ? Organiser un casting, à la recherche du nouveau brailleur ? Oublier White, ce que son absence implique dans l’univers du groupe en effectuant un virage musical ? Par chance, il se trouve que Vincent Cavanagh est un excellent chanteur mais, à l’inverse du précédent crieur, sa voix est claire, lumineuse, rayonnante… Dès lors, à partir d’Eternity (1996), Anathema délaisse quelque peu les distorsions nauséabondes des débuts au profit d’une mélancolie plus atmosphérique, plus subtile, plus réussie. Dans cette période, le groupe publie ce qui reste à ce jour justement considéré comme son chef-d’œuvre : Judgement (1999). Libéré des contraintes liées au format doom/trash/méchant/pénible, le groupe perdure dans une déréliction épurée tout en évitant le voyeurisme pleurnichard de beaucoup des groupes de metal qui se sont déjà lancés dans l’ « atmosphérique ». Atmosphérique. Finalement, le terme est générique et pourrait désigner toute mélodie permettant à l’auditeur de planer, de laisser son esprit vagabond s’échapper au rythme de nappes synthétiques ou d’arpèges acoustiques. Dans l’inconscient collectif clairvoyant, la musique atmosphérique n’a jamais permis l’émancipation d’émotions positives, leur préférant une mélancolie latente. Pourtant, à partir de leur huitième album, We're Here Because We're Here (2010), Anathema propose une nouvelle manière d’aborder le genre. Les débuts sombres, gras et sales sont loin, désormais les frères Cavanagh se veulent garants d’un optimisme éthéré, témoin d’un esprit séraphique salutaire, presque débonnaire mais pas totalement convaincant car encore tâtonnant.

Weather Systems (avril 2012) est la suite logique de ce choix de direction artistique. Les guitares sont acoustiques, épurées, précises et aériennes, parfois empreintes d’une distorsion chaleureuse, jamais menaçante, toujours gracieuse. La présence plus affirmée du chant féminin virginal de Lee Douglas appuie l’orientation arachnéenne poursuivie depuis We're Here Because We're Here (« Lightning Song », aussi lumineuse que son titre le suggère). Vincent Cavanagh assoit ses plus belles lignes vocales qui, associées aux accords fins du piano et aux synthétiseurs délicats parsemant l’œuvre, apportent authenticité et chasteté aux effets psychiques immédiats de l’album. Weather Systems est une de ces créations sonores qui peuvent remettre d’aplomb le plus dépressif des suicidaires.

La qualité dominante de ce délicieux recueil de neuf chansons réside avant tout dans son instantanéité. L’auditeur sera, et ce dès la première écoute, touché par les mélodies ciselées et les harmonies consistantes qui foisonnent en son sein. Il est par exemple impossible de passer à côté d’un « The Beginning and the End » tant le caractère immédiat et terriblement efficace des accords joués est frappant de justesse émotionnelle. Le solo de guitare lunaire et solaire de mi-composition récompensera le persévérant. Il s’agit là de la plus belle chanson de cet album, celle qui sera sans aucun doute écoutée en boucle par des milliers de mélomanes comblés. « The Gathering Of The Clouds » arrive en deuxième position. Cette dernière bouleverse grâce au jeu de guitare acoustique rapide et précis, aux vocalises bien pensées que se partagent Cavanagh et Douglas. Quelques nuages sombres viennent parfois assombrir le ciel bleu dépeint en toute quiétude par Anathema : plus ténébreuse et complexe, « The Storm Before The Calm » n’en est pas moins réussie et rend hommage aux compositions passées du groupe, celles de Judgement et Eternity. « The Lost Child » rappelle le dernier Fovea Hex, entre expérimentations et piano-voix inquiétant. In fine, toutes les compositions valent les minutes d’écoute qu’elles arriveront sans problème à arracher à l’auditeur, soit-il le plus réticent d'entre eux.

Peut-être est-ce l’œuvre de l’orchestration mirifique, toujours est-il qu’il se dégage quelque chose de divin et d’incroyablement triomphal dans ce Weather Systems… Qu’il sera d’ailleurs de bon ton de considérer comme tout meilleur album d’Anathema, toutes périodes confondues : le voilà, leur plus abouti, leur plus consistant, leur plus élégant, leur plus agréable. Venant d’une formation relativement irrégulière dans ses productions, qu’il s’agisse de quantité ou de qualité, la réussite est d’autant plus totale qu’elle constitue une véritable surprise.

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