Il y a des groupes qui disparaissent et qu’on oublie. Et puis il y a WU LYF, qui s’évanouit en 2012 après un seul disque, Go Tell Fire to the Mountain, et dont l’absence pèse plus lourd que la présence de beaucoup d’autres. Enregistré dans une église désaffectée, le groupe de Manchester avait tout raflé dès son premier essai avant que son chanteur Ellery Roberts ne claque la porte, incapable de digérer le succès trop vite venu. Trop jeune, trop vite, trop fort. Quinze ans de silence. Et voilà qu’ils reviennent, aujourd’hui même, avec A WAVE THAT WILL NEVER BREAK. Pas sur Spotify. Pas sur Apple Music. Sur leur propre plateforme communautaire, WORLDUNITE.ORG. Évidemment.


Car ce retour, WU LYF ne le fait pas à genoux. Pas de grand come-back clinquant, pas de tournée des stades, pas de réconciliation avec une industrie qu’ils ont toujours regardée de travers. Ils restent sceptiques et dédaigneux vis-à-vis d’un secteur dominé par le streaming et agissent en conséquence. Le disque sort en dehors des circuits habituels, accessible via un abonnement direct à leur communauté, aux côtés de journaux, de forums, d’accès anticipés aux concerts. L’idée ? Que la musique soit vécue comme un tout, pas consommée en passant entre deux playlists générées par algorithme. C’est idéaliste. C’est peut-être un peu casse-gueule commercialement. Mais c’est cohérent avec tout ce qu’ils sont et ont toujours été.


Et musicalement, c’est pareil : ils reviennent comme ils sont partis. La voix de Roberts gronde toujours, proche du cri primal (Love Your Fate), et les guitares débordent à plein volume. Tout est sous haute tension, les morceaux refusent de se résoudre trop proprement, la sensation que quelque chose peut déraper à tout moment, que le groupe joue au bord (le fleuve Tib St. Tabernacle) ou en suspension (Wave).


Tout est concis. Sept titres. Pas de remplissage, pas de mid-tempo poli pour ménager l’auditeur. WU LYF n’a jamais cherché à être aimable et ce A WAVE THAT WILL NEVER BREAK ne commence pas maintenant. Chaque morceau est une prise de position, une envie de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Même le plus « jovial » et très efficace The Fool renferme quelque chose de cynique, de second degré dans son approche plus pop. Surprenant mais raccord.


Comme s’ils n’étaient jamais partis, comme si ces quinze dernières années n’étaient qu’une simple ellipse, on retrouve le band là où ils avaient tout laissé en plan, recreusent là où ils avaient commencer à creuser aux débuts des années 2010. Les fans savent déjà ce qu’ils viennent chercher. Ils ne seront pas déçus. Et les autres, ceux qui étaient trop jeunes ou ceux qui étaient passés à côté, ils ont maintenant une deuxième chance. Il serait dommage de la rater.


[Chronique à retrouver sur Benzine]

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le 12 avr. 2026

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