le 7 nov. 2025
Déception
J'adore la voix de Rosália et je salue son ambition artistique avec ce projet mais je passe complètement à côté. Non ce n'est pas du génie, je me suis méchamment ennuyé sur les 2/3 des titres, c'est...
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Icône contemporaine de la pop mondiale, Rosalía s’est rapidement imposée comme l’une des artistes les plus audacieuses de sa génération. Plutôt que de se contenter d’enchainer les tubes répondant aux desiderata des rotations radios, la catalane a su capter l’attention en fusionnant son flamenco local à des sonorités urbaines, électroniques voire expérimentales, brouillant sans cesse les frontières entre les genres. Révélée par El Mal Querer en 2018, confirmée mondialement quatre ans plus tard avec le carton de Motomami certes plus accessible mais toujours pointu, elle construit pierre par pierre une œuvre profondément personnelle, où prouesses vocales et recherches esthétiques se conjuguent en manifeste artistique.
Et comme tout virtuose à la soif inaltérable d’exploration, rien n’est jamais assez grand ni trop ambitieux pour elle. LUX en est une preuve implacable. Œuvre orchestrale fleuve, démesurée, enregistrée en compagnie de la London Symphony Orchestra, ce nouveau disque est une plongée sonore totale en forme de quête spirituelle pour sa génitrice. Divisé en quatre mouvements, l’album traverse mysticisme et transcendance à travers l’emploi de pas moins de TREIZE langues (espagnol et catalan bien évidemment mais aussi arabe, français, anglais, allemand, mandarin ou encore sicilien) et d’une pelletée d’influences musicales aussi riches que variées. Le tout au service d’un axe commun, d’une vision unique au sommet de ce que l’on peut appeler l’avant-garde pop.
Clin d’œil en forme de passerelle, c’est en compagnie d’une autre diva insaisissable en la personne de Björk que sort le premier extrait Berghain, posant le décor de cette nouvelle et fastidieuse aventure avec ses multiples couches, ses changements de rythmes et de tons. Le tout sur trois petites minutes. De quoi se donner une idée de la déclinaison sur toute une heure…
Ne pas chercher ici la trace d’un single, d’un tube potentiel, tout a été pensé et taillé dans un seul bloc, homogène et dense. Ce qui peut parfois donner l’impression d’être face à une montagne infranchissable. On n’écoute pas LUX comme une playlist de streaming, on ne lance pas LUX pour le fun. Ce serait comme choisir de regarder 2001, l’Odyssée de l’espace de Kubrick pour se faire un film pop corn. Non, on y vient pour vivre une expérience sensorielle singulière, se laisser porter par la proposition radicale et entière d’une artiste en pleine possession de ses moyens.
Déjà, disons le sans sourciller : en matière de spectre de capacités vocales, Rosalía n’a pas de concurrence. Que ce soit pour envoyer du lourd de manière cristalline, quasi christique afin de faire contrepoint à l’orchestre ou alors de chantonner, de rapper, de groover sur petites portions , elle maitrise son sujet sur le bout des doigts. La démonstration est totale, l’émotion palpable à tel point que l’accompagnement instrumental passe parfois même au second plan.
Sont abordés ici des thèmes comme la foi, le féminisme, l’amour, la philosophie, toujours sous un prisme d’universalisme, avec cette volonté d’envoyer un message au monde dans son ensemble. Recoupant ainsi cette idée de chanter en plusieurs langues et créer une sorte de tour de Babel musicale en guise de lien de fraternité. On n’est pas loin de l’interview Miss France présenté ainsi mais c’est à l’écoute que tout ceci prend son véritable sens et trouve sa voie (/voix).
Impossible en effet de ne pas être subjugué par les compositions grandiloquentes venues entourer les envolées lyriques de Rosalía. Dès l’introduction Sexo, Violencia y Llantas, d’abord inquiétante avant de devenir aérienne, suivie de Reliquia et ses cordes stridentes où elle parvient à tout de même sonner pop, on accède à une antre quasi liturgique. Où se mêlent instruments classiques et des bribes d’éléments plus contemporains, où se rencontrent la procession religieuse et des petites piques à la limite du profane (Dios Es Un Stalker). La structure de l’excellent Porcelana, d’abord sombre quasi rappé, qui finit sur un chœur pour lancer l’intime et symphonique Mio Cristo Piange Diamante est un très bon exemple de cette dualité et de ce rapport de force maitrisé, tout en équilibre.
Des moments de grâce, l’album les collectionne. En grande partie lors de ses mélanges hybrides. La Perla part d’une musique hispanique avec sa petite guitare flamenco et finit par croiser en chemin une horde de cordes, une ligne de contrebasse et une petite flûte pour terminer dans une envolée sublime. Dans un style similaire entre pop, ambiance latino et harmonie, citons le très beau La Rumba Del Pardon quand l’interlude De Madruga puis Dios Es Un Stalker sont carrément des sortes de reggaeton version musique classique. Pour la carte intimiste et 100% émotion, il y a Sauvignon Blanc et Jeanne (supervisés par Justice pour le premier et Charlotte Gainsbourg pour le texte en français du second) et surtout le final en apothéose, Magnolias, pour clore le livre de la plus touchante des manières.
Dans le carcan de la musique mainstream, difficile de trouver trace récente d’une telle proposition artistique. Nul doute que Rosalía réussira à piquer la curiosité par le biais d’un bouche à oreille que l’on devine dithyrambique mais une fois l’effet passé, difficile d’imaginer des écoutes répétées par une très large audience et il faut saluer ce parti pris de s’assoir sur le potentiel carton au profit d’une direction assumée. Et ne pas voir une posture, la chanteuse espagnole avait déjà en elle cette fibre classique, que l’on pouvait déceler sur la seconde partie d’El Mal Querer.
LUX est la consécration d’un immense talent. D’une interprète hors-norme tout d’abord mais plus globalement d’une artiste au sens le plus noble du terme. De celle qui vit sa musique non pas comme une machine à cash mais comme un moyen d’expression viscéral. Ce disque, traversé de prières, de fulgurances, d’hommages est un vertige exigeant, risqué aussi, et ne peut laisser insensible. Une œuvre qui fera date à coup sûr.
[Chronique à retrouver sur Benzinemag]
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Créée
le 7 nov. 2025
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le 7 nov. 2025
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