Abacab
5.9
Abacab

Album de Genesis (1981)

À l’aube des années 1980, Genesis se trouvait à une charnière délicate, celle où un groupe formé dans l’effervescence progressive doit se réinventer sans se renier. Duke avait accompli cet équilibre avec une habileté rare, mêlant l’élan mélodique de la pop à la rigueur inventive du prog. Avec Abacab, le trio fait le choix inverse : non pas prolonger cette synthèse, mais la rompre. On apprend ainsi que plusieurs compositions, jugées trop proches de l’album précédent, furent écartées. L’intention, en soi, n’est pas sans mérite, refuser la répétition, chercher une autre voie. Mais c’est précisément dans cette rupture que l’album trouve sa singularité, et aussi ses limites : celle d’un groupe qui, à force de vouloir se défaire de son héritage, en perd momentanément la cohérence.


L’écoute révèle un objet éclaté, parfois stimulant, souvent déséquilibré. Le morceau-titre, avec ses sept minutes, semble vouloir retenir une forme d’ampleur, mais la répétition mécanique du motif principal finit par lasser plus qu’elle n’emporte. Dodo/Lurker alterne de belles fulgurances d’orgue et des interventions vocales où Phil Collins, si précis sur Duke, paraît chercher un registre qui ne lui sied pas toujours. Les incursions vers d’autres univers, les cuivres de Earth, Wind & Fire sur No Reply at All, le reggae de Me and Sarah Jane, montrent une curiosité réelle, mais elles s’égrènent sans former un ensemble. Même Man on the Corner, ballade mélancolique qui constitue un des sommets relatifs de l’album, souffre de la comparaison avec les pièces plus abouties du passé.


C’est un album de tâtonnements, où l’on perçoit un groupe qui ne sait plus très bien ce qu’il veut devenir, mais qui refuse résolument de se répéter. Cette exigence, même maladroite, confère à l’ensemble une authenticité que n’ont pas toujours les disques plus lisses. Abacab n’est ni un grand album pop, ni un ultime sursaut progressif : il est le témoin d’un instant de désorientation, où la liberté de se tromper l’emporte encore sur le confort d’un style rodé. Et c’est peut-être dans cette fragilité même que réside, pour qui sait l’écouter sans attente, sa raison d’être.

La-derniere-seance
9

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Créée

le 26 mars 2026

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