Il y a des projets qui sentent la naphtaline avant même d'avoir quitté la boîte de production. The Bride en est le parfait specimen : un Frankenstein décharné qui traîne sa carcasse entre le clip mode des années 2010 et la conférence TED sur l'émancipation féminine. Maggie Gyllenhaal a eu la brillante idée de dépoussiérer le mythe en le transplantant dans l'Amérique des années 30, transformant la créature et sa fiancée en Bonnie & Clyde des bas-fonds. L'intention est louable, le résultat tient du capharnaüm esthétique où le néo-noir enfumé se cogne à des playlists Spotify. On veut bien dynamiter le gothique poussiéreux, mais quand le geste se réduit à balancer de la pop sur des ruelles humides, on frôle moins la réinvention que la carte postale pour hipsters en mal de subversion.
Le problème n'est pas l'ambition, c'est la démonstration. Maggie Gyllenhaal veut tellement être claire qu'elle en devient pire qu'un traité de sociologie mal traduit : la fiancée, prostituée ressuscité contre son gré, finit par scander « Me too » avec la subtilité d'un panneau publicitaire. On navigue entre le progressisme bankable à la Barbie, ces signaux qui clignotent fort mais n'éclairent rien, et le passéisme chic d'une industrie accro au vintage et aux clins d'œil complices. Le pire arrive quand Mary Shelley elle-même prend possession du corps de l'héroïne pour commenter les comportements sexistes qu'elle subit, comme si le spectateur était trop bête pour comprendre sans mode d'emploi. À ce stade, la mise en abyme n'est plus un procédé, c'est une béquille pour scénariste en panne d'idées.
Et puis il y a cette complaisance finale, ce sommet d'auto-satisfaction où le personnage de Shelley félicite le film d'avoir raconté l'histoire qu'elle-même n'aurait pas eu le temps d'écrire. On touche là au postmoderne dans ce qu'il a de plus creux : l'entrechoquement des références (Ginger Rogers, Melville, Roméo et Juliette) énoncées comme on lance un jukebox, le pastiche qui tient lieu de style, la révolte qui finit en mouvement populaire aussi racoleur qu'un final de Joker. The Bride voulait réveiller un cadavre, il réussit seulement à exhumer le sien : celui d'un cinéma qui croit qu'empiler des citations et brandir des slogans suffit à faire œuvre.