Dans le mini-microcosme de la musique électronique, Madeon est un nom qui a fait couler beaucoup de pixels. D'abord anonyme, Hugo Leclercq a été une figure mystérieuse émergeant des Internets avec des remixes complextro (genre dérivé de la house à micro-sampling et de la dubstep skrillexienne) franchement excellents (Yelle, deadmau5). Suite au buzz YouTube de sa vidéo Pop Culture où le Nantais claquait un multi-mashup electro d'un paquet de tubes pop en utilisant le launchpad d'Ableton (à l'époque inconnu, avant de pulluler sur la plupart des live sets des artistes de musique électronique du monde), il accède à une notoriété solide, grâce à ses skills impressionnants pour un si jeune âge (16 bougies à l'époque).
Un mot rapide sur les rumeurs concernant la vidéo : à l'époque, il se disait que la vidéo n'était pas une oeuvre spontanée do-it-yourself sortant innocemment de la chambre d'un ado surdoué, mais un coup de pub savamment orchestré par son - disait-on - programmateur radiophonique américain de père. Et que les remixes de Mama était ghostproduits par quelque nègre producteur chevronné. Peu importe, si c'est vrai, il ne sera ni le premier, ni le dernier DJ dont le nom est en réalité une marque derrière laquelle se cache une équipe de musiciens (David Guetta, Diplo, etc.).
S'ensuit un chef-d'oeuvre complextro, Icarus, puis un hymne pop sympathique et efficace, Finale.
Trois années plus tard, après avoir fait la première partie de la tournée Artpop de Lady Gaga (dont il a participé à l'album concerné), bâti une large fanbase outre-atlantique, et largement baissé le niveau qualitatif de ses productions en dégringolant dans une EDM facile taillée pour les festivals spring breakers californiens avec meufs en bikinis fluos et Chucks mongoloïdes body-buildés, son premier album Adventure voit le jour.
2015, dans la musique électronique, c'est un peu la période où le style disco-EDM atteint la fin de sa logique (ensuite laissant la place à l'EDM-bass-music de DJ Snake ou l'EDM-tropicale de Kygo). Adventure en est symptomatique : un beat four-to-the-floor abrutissant, des voix néo-new wave nasillardes systématiques, du sidechain pompé à balle, des armadas de synthétiseurs qui t'arrivent dans la gueule, des aigus poussés à leur max et un son compressé quasi-inaudible, la faute à une course au volume le plus fort, devenue absurde.
Très dommage quand on arrive à entrevoir à travers cette horrible manière de produire ces morceaux, un bon sens de la mélodie (La Lune), de la programmation des sons (basse avec Imperium, leads avec OK, pads avec Home...), du gimmick (Pay No Mind), du rythme dansant, des harmonies, de l'atmosphère, un talent toujours aussi certain pour le micro-sampling (Zephyr). Le tout à 21 ans.
Je ne dis pas pour autant qu'il est irréprochable en composition, vus certains trucs pas fameux non plus à ce niveau (You're On, Nonsense, Beings).
À l'époque, je me disais qu'il avait encore pas mal d'années pour exploiter correctement son talent. 2019, Madeon attrape le quart de siècle, il lui reste encore du temps, et moi, l'espoir de le voir sortir quelque chose de mieux que des machins cuculs passables pour minecraftistes weeaboos prépubères en duo avec Porter Robinson (Shelter).