Je ne suis pas le plus gros fan de Manson qui puisse exister... En fait, son look et ses manières m'ont toujours un peu gonflé (au début surtout) et je ne peux pas m'empêcher (encore aujourd'hui) de penser que si le gars est plus connu que NIN ou Ministry ce n'est sûrement pas dû qu'à des critères musicaux... Enfin bon, ne soyons pas trop langues de putes non plus...car Manson est tout de même un sacré artiste avec un univers à part entière, un vrai sens de la théâtralité, et un nombre de neurones bien plus important que ce que pourrait laisser présager sa dégaine de pouffiasse gothique des lendemains de soirée...
Tout d'abord, le gars possède une qualité d'écriture indéniable (chose que les snobinards ont tendance à considérer comme totalement inexistant dans le rock ou le metal), ensuite il sait bien s'entourer le bougre : des musiciens réellement compétents et surtout un producteur du nom de Trent Reznor (NIN justement...) qui a aidé Manson à se faire connaître sur ses premières parties tout en lui donnant de l'aide pour ce qui sera ni plus ni moins que LE disque de sa carrière : Antichrist Superstar.
Pensé comme un album-concept, le disque est fortement marqué par l'influence d'un Allemand moustachu du nom de...Nietzsche : l'antichrist superstar est ici décrit dans des textes tour à tour glauques et poétiques comme un objet de fascination, puis de rejet...il finira par se développer tel le vers dans son cocon avant de devenir le magnifique "papillon" se dressant face aux conventions sociales et religieuses qui le méprisent tant (l'équivalent mansonien du surhomme nietzschéen en somme).
L'album est absolument ingénieux à plus d'un titre : il mélange déchaînement de violence très crue ( le premier titre "Irresponsible hate anthem" et son riff de guitare génialissime se terminant dans une accélération finale et des hurlements déments à vous faire froid dans le dos), titres pop/indus ("Mister superstar), et plages atmosphériques ou mélancoliques ("Cryptorchid", "Man that you fear"). Le tout baigne dans une production sale mélangeant sifflements, crissements, ou échos inattendus qui donnent un arrière goût de souffre à l'ensemble ainsi qu'un côté très fouillé et travaillé...là encore la patte de Trent Reznor se fait sentir...on la sent notamment sur "Kindefeld" : titre lourd, dominé par les basses, et oppressant à souhait!
Même si l'album est long il s'écoute réellement comme un tout homogène et consistant de bout en bout (le seul album de Manson a être à ce point parfait à ce niveau-là...). On retiendra tout de même avant toute chose (outre le génial "Irresponsible hate anthem") le tube "The beautiful people" où Manson hurle son dégoût à la face d'une Amérique pudibonde et hypocrite sur des salves de guitares frénétiques et continues véritablement hypnotiques! Sortent également du lot le torturé "Tourniquet", "Dried up..." et ses montées en puissance jubilatoires sur les refrains, le très violent "Little horn" (on frôle même la violence gratuite mais bon un peu de nihilisme ça fait du bien hein?), le pachydermique morceau titre, le punk hardcore de 1996, et le délirant et torturé "Angel with scabbed wings" (et son riff de guitare encore une fois hyper inspiré).
Le reste de l'album mériterait sans doute de longues analyses...mais nous nous contenterons de dire qu'il n'invalide jamais l'impression de constante perfection qui anime l'ensemble de bout en bout. En 1996 Marilyn Manson sort ce qui ne sera ni plus ni moins que l'album de sa carrière...disque qui lui vaudra la reconnaissance commerciale et la haine farouche des associations religieuses d'Amérique...un véritable combo correspondant au souhait le plus profond de son auteur! On réécoutera avec plaisir les excellents "Mechanical animals" (davantage un hommage au glam rock des 70's qu'un disque de metal "violent"), ainsi que "Holly wood" (presque aussi génial que le présent disque) sans jamais ré-atteindre une telle satisfaction... Le reste de la carrière de Manson étant réellement chaotique passée "Golden age of grotesque" on dira très gentiment qu'il avait déjà dit (et réalisé) l'essentiel...un classique!