Délire FREE anxiogène ! Les notes coulent des saxophones des grands prêtres du Jazz que sont John Coltrane, Pharoah Sanders, Archie Shepp, Marion Brown et John Tchicai. Elles s'unissent pour former un long serpent ravagé, une bête informe, difforme. Souffrante, malade, elle se tord en tous sens. Par moment des bulles crèvent sur sa peau laissant échapper un gaz terrible qui envahit l'atmosphère et embarque les musiciens sur une Terre lointaine ou dans un ciel rouge et noir aux repères sensitifs dissous. Les "crazy" trompettes de Freddie Hubbard et de Dewey Johnson participent avec force et conviction à cette incantation mais le monstre court sur les contrebasses sautillantes d'Art Davis et de Jimmy Garrison, il se secoue et trépigne sur les rythmes saccadés et puissants d'Elvin Jones et insulte ses créateurs par la voix pianistique de Mc Coy Tiner.
Imaginez une dimension fantasmatique noyée par une vapeur bleutée empoisonnée issue du son. Des hommes fous y chantent leur folie, leur angoisse, leur peur à travers leurs instruments comme s'ils avaient des épées. Dans cette transe ju ju, cette nécromancie inaudible il n'y a plus ni haut, ni bas, ni gauche, ni droite, juste un brouillard et un tourbillon maudits ou divins (on ne saurait dire) qui s'échappent des instruments. Entre les mains de leurs possesseurs ils se tordent pour déchirer l'espace le réduisant ou l'amplifiant. Les notes vomies, hurlées sont frappées contre quelque chose que eux seuls, dans cette transe démente, en ce moment terrible, peuvent voir. Alors ils cognent, ils matraquent ces monstres issus de leur esprit inquiet. Parfois dans un grand élan ou une ruse diabolique ils les renversent. Alors unissant leurs forces ils se ruent à l'assaut pour taper et taper encore. Malgré cet acharnement cette déferlante continuelle il y en a un qui leur résiste toujours. Dressé devant eux il affiche son sourire squelettique, sa longue cape noire cache son corps décharné et pourri. La faux qu'il brandit va bientôt s'abattre et les fauchera tous. Pas un seul n'en réchappera...dès que la musique bruyante s'arrêtera !