En 1996, pendant que le rap se tend, devient plus dur, plus frontal, Outkast prend un autre chemin. ATLiens ralentit tout. C’est plus planant, plus introspectif, presque cosmique par moments. À contre-courant total, et ça s’entend dès le début.
Le disque démarre très fort. “Two Dope Boyz” est un classique immédiat, “ATLiens” confirme avec une prod plus travaillée et des flows déjà en net progrès, et derrière ça enchaîne avec “Jazzy Belle” et surtout “Elevators (Me & You)”, un morceau à part, lent au point de sembler presque inachevé, mais qui fonctionne parfaitement. Il y a un vrai travail sur les prods, beaucoup de musicalité, et André 3000 commence déjà à prendre une autre dimension. Des titres comme “Mainstream” ou “E.T.” montrent à quel point le duo apporte quelque chose de différent au rap, sans forcément chercher à être le plus moderne, mais en étant plus créatif.
Le disque tient bien sur la durée, même si un petit creux apparaît au milieu avec quelques morceaux moins marquants. Rien de mauvais, mais ça perd un peu en intensité. Et sur la fin, certains titres tirent un peu trop sur la longueur, avec des instrus très lentes qui finissent par décrocher légèrement l’attention.
ATLiens reste quand même un disque à part dans cette année 1996 complètement folle. Pas le plus spectaculaire, pas le plus frontal, mais sûrement un des plus singuliers. Outkast ne cherche pas à suivre la tendance, ils construisent leur propre espace, plus musical, plus posé, avec une identité déjà très forte.