J’ai beaucoup entendu cet album dans ma jeunesse ; mes parents faisaient tourner le CD assez régulièrement dans la voiture ou à la maison. Lorsque je me suis pris très récemment à le réécouter, j’ai alors remarqué que ses chansons s’étaient inscris très profondément dans ma mémoire, ayant oublié qu’Alain Souchon et cet album avait marqué mon enfance. Cela explique en partie ma note, supérieure à la moyenne des contributeurs de SensCritique. Mais en partie, seulement.
Car Au ras des pâquerettes, qui avait la lourde tâche de succéder au multirécompensé C’est déjà ça, est un petit bijou. Bijou auquel Souchon, en bon orfèvre de la chanson française, a accordé six années de sa vie d’artiste (contre cinq pour le précèdent). Six ans de travail avec sa fidèle équipe (Laurent Voulzy, mais aussi Renaud Letang, Guy Delacroix, Laurent Faucheux et Michel-Yves Kochmann) à laquelle s’est joint son fils, Pierre. Bref, plus d’un lustre pour ne pas décevoir les auditeurs et ses fans. Résultat : un nouveau disque de diamant, une chanson très souvent citée comme la meilleure de son répertoire (Le Baiser), et neuf autres titres, moins remarqué mais selon moi tout aussi remarquables.
Au ras des pâquerettes est un condensé de l’esprit du chanteur : il y a le Souchon conteur (magnifique Tailler la zone, racontant les promesses déçues d’un couple rêvant d’ailleurs), le Souchon des oubliés (le poétique Petit tas tombé), le Souchon observateur des dérives de la société moderne (Pardon), le Souchon amoureux des femmes (un Caterpillar tout en métaphore) et de culture (le nostalgique Rive Gauche), le Souchon amoureux tout court (la chanson titre, sublime et douloureuse pour qui est célibataire). Et Le Baiser, évidemment, quintessence de la délicatesse d’un chanteur qui n’a pas son pareil pour chanter la douceur des moments ordinaires.
Il est souvent reproché à cet album son absence de mélodies inoubliables, Alain Souchon s’étant sans doute beaucoup plus préoccupé ici du texte, aux rimes imparables et toujours opportunes, qu’à l’accompagnement, misant davantage sur les textures chromatiques que par le passé. En ce qui me concerne, je n’oublierai jamais ce sample de trompette ponctuant Rive Gauche, ni ces brefs rifs de guitare loin de laisser mon petit cœur Au Ras des pâquerettes.