Be Here Now est sans doute l’album d’Oasis qui divise le plus. Et, comme pour les deux précédents, mon rapport à ce disque est très particulier, d’abord parce que je ne l’ai découvert qu’en 2021. Contrairement aux fans de l’époque, je n’avais aucune attente liée à sa sortie. Pire encore : avant même de l’écouter, j’avais déjà intégré le discours dominant autour de l’album. Partout, on le présente comme le pire album d’Oasis, y compris par Noel Gallagher lui-même. Résultat : c’est le dernier album du groupe que j’ai accepté d’écouter.
En réalité, je n’avais même pas envie de l’écouter. Et c’est presque par accident que Be Here Now est entré dans ma vie. Un jour, j’ai créé une playlist regroupant tous les morceaux d’Oasis, sans distinction d’album. L’un des titres de Be Here Now est arrivé au milieu de la playlist, et je l’ai adoré immédiatement. Vraiment adoré. Je me suis même dit que c’était fou qu’un album considéré comme le pire du groupe puisse contenir une chanson que je trouvais presque parmi leurs meilleures.
Puis une deuxième chanson est arrivée, avec la même impression. Une troisième, idem. Mais ces écoutes se faisaient toujours de manière isolée, noyées parmi d’autres morceaux d’Oasis issus de différents albums. À force, j’ai fini par me dire qu’il fallait que j’écoute Be Here Now dans son intégralité.
Et c’est là que le problème commence.
Je n’ai, à ce jour, jamais réussi à écouter cet album en entier. Je suis très sensible à la production, et sur Be Here Now, certaines chansons me sont tout simplement inécoutables. Pas l’album entier, mais au moins une ou deux pistes qui sont beaucoup trop chargées, trop fortes, trop compressées, trop excessives. Tout est “trop”. À cela s’ajoutent une durée excessive et une forte répétition, qui rendent l’écoute globale franchement indigeste.
Ce qui est particulièrement frustrant, c’est que, prises individuellement, les chansons sont excellentes. Ce sont des morceaux que j’adore, que je peux écouter séparément avec beaucoup de plaisir. Mais en tant qu’album, Be Here Now m’épuise.
L’arrogance et la provocation d’Oasis atteignent ici un sommet presque absurde. All Around the World, l’une des dernières chansons du disque, dure neuf minutes — un record à l’époque pour un single diffusé en radio. Neuf minutes, après un album déjà composé presque exclusivement de morceaux interminables. Et comme si cela ne suffisait pas, le groupe ajoute ensuite All Around the World (Reprise), avec deux minutes supplémentaires. Là, on n’est plus dans l’excès involontaire : on est clairement dans la provocation.
Et pourtant, malgré tout ça — ou peut-être grâce à ça — Be Here Now reste un album fascinant. Je déteste cet album en tant qu’expérience d’écoute, mais je le trouve passionnant comme objet. C’est un véritable document de son époque. Tout y est cohérent. À ce moment-là, les frères Gallagher sont au sommet de leur succès, plongés dans l’excès, la décadence, l’exubérance totale — ils l’ont eux-mêmes raconté, notamment à travers leur consommation massive de drogues.
Mais même sans lire leurs interviews ou leurs biographies, il suffit d’écouter Be Here Now pour le comprendre. L’album retranscrit parfaitement cet état d’esprit. Il est le reflet sonore d’une époque où Oasis vivait sans aucune limite.
En ce sens, Be Here Now est un excellent objet rétrospectif : un album qui représente pleinement son époque, jusque dans ses défauts.