A l'occasion de mon marathon "je réécoute les cds que j'avais lorsque j'étais étudiant" j'ai réécouté les deux premiers albums de Bénabar (si on enlève le tout premier album "Benabar et associé" qui tient plus de la démo auto-produite.) Oui, j'ai eu aussi ma période "nouvelle chanson française" où en plus de Jeanne Cherhal, Thomas Fersen, Les Fatals Picards, Dionysos (que j'aime toujours) je me suis aventuré à écouter du Benabar, du Miossec et du Vincent Delerm (que j'aime un peu moins avec le recul.)
Alors, oui, on est complètement le cliché du chanteur dont les chansons parlent essentiellement de la vie quotidienne d'un trentenaire parisien qui n'arrive pas à se caser. Mais l'excuse, c'était que c'est fait avec humour (Y a une fille qui habite chez moi) et que ça me rappelait des émois personnels (même si j'ai bien 10 ans d'écart avec Bénabar.)
Le réécouter m'a rappelé que j'ai plus 20 ans et que ma vision du monde à changé. Sans être scandaleux, il y a chez le Bénabar de l'époque une mysoginie et des réflexions de vieux cons qui passait à l'époque pour ordinaire. Bon, j'excuse Bon Anniversaire et Y a une fille qui habite chez moi puisque dans ces chansons le protagoniste est volontairement un nullard, surtout dans Y a une fille qui habite chez moi où il en fait des caisses "mais c'est une plante verte !! Haaa !!!"
Ça commence à être un peu plus cringe avec Vélo dans lequel Bénabar voit un gamin qui se rétame la figure en vélo et qui commence à le déglinguer à grand coup de pied. Le chanteur le regarde l'air amusé, en disant que c'est naturel de s'énerver sur des objets. Les chansons ont ce côté "boys will be boys" avec une normalisation involontaire du côté toxique, notamment dans la chanson Approchez où la bête de foire est un homme qui est honnête, duquel il est précisé qu'il n'a "jamais séduit" (sous entendant que la séduction est une affaire de menteur.)
A l'époque, j'aimais bien la chanson Porcelaine dans lequel il raconte les déboires amoureux d'une fille au coeur d'artichaut qui tombe sur les mauvais mecs. Mais déjà le fait qu'elle tombe sur un bisexuel m'avait fait dire "bah quoi" et en la réécoutant je m'aperçois qu'une grosse partie de la chanson repose sur du kink shaming.
Après, j'ai moi-même changé. A l'époque je m'identifiais un peu au couche-tard de la chanson Couche-tard et lève tôt et au protagoniste de la chanson A notre santé. J'étais jeune, j'adorais faire la fête, aller dans les bars et la fumée de la clope ne me gênait pas. Maintenant que je suis bien plus posé, je trouve ça un peu immature de se prendre pour une sorte de hérault de la liberté : chacun mène la vie qu'il veut. Après Couche-tard et Lève-tôt reste une jolie chanson. Tout comme Saturne, une chanson sur Paris que j'avais mésestimé et qui avait une vibe sociale intéressante.
Par contre, j'avais oublié l'aspect "big band" du disque avec beaucoup de cuivres, omniprésent dans les chansons du disque. Bénabar a commencé par pratiquer la trompette à l'âge de 8 ans, il adorait les cirques et une chanson (Majorette) est consacrée à un mec qui fait partie d'une fanfare municipale. Et pour le coup, ça rajoute une plus-value et le distingue des autres albums dans lesquels il fera de la variété française bien plus classique et standardisée.