Le talent des musiciens, leur énergie sont toujours là dans cet album de 2009 mais, comment dire ? ça sent comme la fin d’un cycle, une sorte d’essoufflement, un manque d’idées. Ce qui est parfaitement compréhensible quand on arrive à vingt ans d’existence. La plupart des groupes ont, en général, au maximum une dizaine d’années de créativité à l’issue de laquelle ils se contentent de rester sur leurs acquis, parfois avec efficacité. Portnoy partira d’ailleurs après cet album et le groupe va évidemment beaucoup y perdre car son assise rythmique, sa base en quelque sorte, ne s’en remettra pas. Ils nous livrent un album assez sombre, « A Nightmare to remember » raconte l’histoire d’un accident de voiture, le ton est donné d’entrée et la musique est au diapason bien qu’on repense à Muse à un moment (encore une fois…). « The Best Of Times » est un hommage émouvant de Mike Portnoy à son père récemment décédé. On retient donc quelques bons moments mais le groupe étale ses compositions plus que de raison, 6 morceaux pour plus de 75 mn de musique (de 5 à 19 mn chacun).
Bien sûr, c’est l’habitude de Dream Theater, sa marque de fabrique mais là, ça passe moins, comme s’il « fallait » le faire absolument puisque c’est ce qu’on attend d’eux. Portnoy a d’ailleurs reconnu que leur inspiration venait pour cet album de ceux qui l’avaient précédé, citant « Learning To Live », « Octavarium », « Pull Me Under », « A Change Of Seasons » et « The Glass Prison ». Des longueurs, il y en a et pas mal et c’est dommage. Mais les idées, elles, ont du mal à suivre et le groupe par son talent évite heureusement la panne sèche. J’ai senti un peu de recyclage en écoutant cet album, avec beaucoup d’habileté certes mais on attend d’être surpris. Sauf peut-être la pièce finale, « The Count of Tuscany », une histoire de 19 mn qui rappelle Pink Floyd. Un morceau qui mélange metal, progressif et pop et qui nous dresse un récit bien étrange écrit par Petrucci à propos d’une histoire véridique où il aurait fait la rencontre d’un vrai comte italien. Ce personnage aurait fini par le déranger profondément. Le malaise devient peu à peu palpable et Petrucci a réellement craint pour sa vie : « I want to stay alive/ Everything about this place just doesn't feel right/ I, I don't want to die/ Suddenly I'm frightened for my life/ I want to say goodbye/ This could be the last time you see me alive/ I, I may not survive/ Knew it from the moment we arrived ». Dream Theater sait au-moins soigner son entrée et sa sortie, le reste de l’album restant un peu plus faible et plus longuet. Un album inégal au final, imparfait, trop long mais ce groupe même dans ses périodes creuses réussit tout de même à coller quelques gifles et ça, ça n’est pas donné à toutes les formations.