Bloody Kisses : album charnière dans la carrière du quatuor de Brooklyn car il marque le tournant entre ses origines punk/hardcore et le style « gothic » qui caractérisera le groupe jusqu’à sa fin. Les New-Yorkais n’ont jamais déçu mais leur talent culmine dans cet album sorti durant l’âge d’or du metal alternatif, un genre auquel le groupe peut être rattaché sans pour autant véritablement y appartenir. On a ici un mélange de metal alternatif, de metal traditionnel, de punk, de goth, pour ainsi dire un patchwork de styles qui, mis ensemble, pourrait sembler indigeste. Pourtant la mayonnaise prend, de ce mélange ressort une pièce unique dans l’histoire du metal.
Les interludes punks pourraient passer pour du remplissage mais sont là pour nous rappeler d’où vient le groupe, pour apporter une touche de légèreté et d’humour (noir bien sûr) dans un album dans l’ensemble très solennel, comme en témoigne le tragique Bloody Kisses, introduit par des orgues d’église, qui relate le suicide d’un être aimé.
Ce deuxième album assume tous les clichés du genre « gothique » : la jeune chrétienne qui rêve de faire l’amour avec Jésus (Christian Woman), le suicide (Bloody Kisses), le folklore goth revisité avec humour (Black N°1), jusqu’à la pochette aux tons verdâtres empreinte d’érotisme lesbien et vampirique. Sans oublier Peter Steele lui-même, le leader du groupe, incarnant le cliché du grand brun ténébreux au regard profond, sans qui la musique du groupe aurait une autre saveur.
En fait ce disque est rempli de paradoxes, il est sérieux et second degré, il sent le sexe et la mort, comme pour nous rappeler que les deux ne sont jamais loins l’un de l’autre, c’est pourquoi il est, quoi qu’on en dise, exceptionnel.