Avec Blue Train, je retrouve chez John Coltrane ce que j'aime particulièrement dans le jazz : cette sensation qu'une musique extrêmement construite peut malgré tout rester vivante, instinctive et presque physique. Le morceau-titre donne immédiatement le ton avec son blues sombre et majestueux, tandis que Moment's Notice et Locomotion accélèrent le mouvement avec une énergie formidable. Et au milieu de tout cela, I'm Old Fashioned révèle un Coltrane beaucoup plus tendre, capable de faire respirer une mélodie avec une simplicité désarmante.
Ce qui me plaît surtout, c'est la conversation permanente entre les musiciens. Coltrane est évidemment au centre, mais il ne monopolise jamais vraiment l'espace : la trompette éclatante de Lee Morgan et le trombone plus rond de Curtis Fuller lui répondent constamment, soutenus par Kenny Drew, Paul Chambers et Philly Joe Jones. Cette formation à trois cuivres donne au disque une densité magnifique, sans jamais l'alourdir. Les solos peuvent être virtuoses, mais j'ai rarement l'impression d'assister à une démonstration : chacun semble surtout chercher à prolonger ou déplacer une émotion lancée par l'autre.
Ce n'est pourtant pas un album qui me bouleverse totalement. J'en admire la maîtrise, le swing et l'équilibre, et certains passages me happent véritablement, mais je reste parfois légèrement à distance de cette perfection. Là où Coltrane peut ailleurs m'entraîner vers quelque chose de presque spirituel, Blue Train me touche davantage par sa beauté, son élégance et le plaisir extraordinaire de musiciens jouant ensemble. Et à ce niveau-là, c'est déjà beaucoup.
Résumé
Un disque de jazz d'une classe folle, à la fois bluesy, énergique et élégant, porté par l'entente exceptionnelle de six musiciens.
🚂 Un voyage nocturne dans lequel chaque instrument semble prendre le relais du précédent sans jamais laisser retomber le mouvement.