Marillion avait tenté en 1991 un virage un peu plus commercial avec « Holidays in Eden », poussé par leur maison de disques. L’album était bon mais pour la réussite commerciale, on pouvait repasser car elle est restée modeste. Et puis certains fans avaient grogné, ne reconnaissant pas un des groupes majeurs du prog. En 1994, ils mettent tout le monde d’accord en revenant à du plus consistant avec ce « Brave » qui devient d’emblée un des chefs d’œuvre de leur discographie (et elle est de très haut niveau, toutes périodes confondues !). Le groupe nous propose un album sombre mais Marillion réussit à allier des morceaux typiquement progressifs comme "Goodbye to All That" qui regroupe en fait 5 sous-parties: "Wave", "Mad", "the Opium Den", "the Slide" et "Standing in the Swing". Une habitude classique dans le rock prog et les amateurs sont aux anges . Mais entre des morceaux plus longs et plus complexes, le groupe sait balancer des chansons à refrain plus accessibles, mélodiques mais profondes voire graves, les guitares brillantes de Rothery étant bien mises en avant comme sur « Paper lies » et « Hard as love » (ça envoie !).
Steve Hogarth a écrit toutes les paroles de l'album et démontre ici toutes ses qualités d’auteur et d’interprète, très différent de Fish mais emmenant la musique de Marillion dans une autre direction. Quant à « Brave », elle débute même avec des cornemuses, un morceau sublime ! On peut isoler tel ou tel titre (« The Great Escape », « Made Again »…) mais ça n’a pas grand sens car le groupe nous propose une histoire du début à la fin, très mélancolique, qui nous dépeint un monde perverti par le mensonge et le capitalisme sauvage. L’héroïne de l’histoire porte un regard noir sur sa société, mais il y a du soleil sur le dernier morceau. La pochette est absolument superbe. Que dire d’autre ? C’est une œuvre marquante de leur carrière et même du rock progressif dans son ensemble. Une histoire qui alterne les moments calmes puis des explosions violentes et des grosses guitares. Peut-être pas le plus évident grâce auquel découvrir Marillion (encore que…) et que le groupe a interprété pas mal de fois en intégralité sur scène, preuve de son importance pour les musiciens : c’est avec le double album live « Made Again » que j’ai découvert Marillion et ils y reprenaient tout cet album en entier !