Brian Wilson
7.2
Brian Wilson

Album de Brian Wilson (1988)

En 1988, Brian Wilson sortait ce qui était considéré comme son 1er album solo. Mais par bien des aspects, « Pet Sounds » en 1966 était déjà un album solo, les autres membres n’ayant eu qu’à poser leurs voix sur les pistes que Brian avait déjà préparées. Dans les années 80, Wilson n’est même plus en état de faire partie des Beach Boys, reclus et perdu dans ses addictions, des troubles comportementaux et une dépendance à son psychologue, Eugene Landy qui le pousse à se lancer en solo. Ce dernier se justifiait en disant que les Beach Boys n’étaient pas capables d’apprécier le génie de Brian à sa juste valeur et qu’ils n’acceptaient pas qu’il soit capable de mener sa carrière en solo. Pour le grand public, Wilson a disparu depuis longtemps de la circulation, son nom sonne comme une relique des sixties. Pourtant Wilson va sortir ce 1er album sous son nom et il va apparaître comme un mini-évènement, certains critiques évoquant le « Pet Sounds des années 80 ». Wilson lui-même a raconté avoir voulu s’inscrire dans la lignée de cet album légendaire. Bon, en l’écoutant presque 40 ans après, il faut se rendre à l’évidence, cet album éponyme est loin d’approcher « Pet Sounds ». L’enregistrement en a été très compliqué, s’étalant sur une longue période (plus d’un an), 11 studios et atteignant une somme astronomique. C’est Eugene Landy qui a tellement bien manœuvré son patient qu’il réussit à se faire nomme producteur exécutif de l’album, avec droit de regard sur tout, y compris la possibilité d’imposer des paroles qu’il avait écrites avec sa femme…Ses assistants ont présents en permanence et lui rapportent tout ce qui se passe. Landy rappelant régulièrement Brian à l’ordre sur ce qu’il doit faire ou pas.

Il va falloir aux collaborateurs de Wilson ruser pour sauver ce qui peut l’être. Autour de Brian, on trouve du beau monde (heureusement) dont Andy Paley et Russ Titelman, qui vont l’aider à mettre en forme ses idées et qui vont se heurter frontalement à Landy. Parmi les musiciens invités, on peut noter Nick Laird-Clowes (The Dream Academy), Jeff Lynne qui a co-écrit « Let it shine », Elliot Easton (guitariste de The Cars), Philippe Saisse, Christopher Cross et Terence Trent D'Arby dans les choeurs. Autre grosse faiblesse de cet album : les instrumentations quasiment toutes numériques avec usage intensif de synthés. OK, on est en 1988 mais même certaines de ces sonorités apparaissaient déjà comme obsolètes, ce qui ne remplacera jamais de vrais instruments ou un orchestre. Pourtant, l’album est bon malgré toutes ces difficultés, grâce au sens extraordinaire de la mélodie de Wilson. Il a dû piocher dans plusieurs centaines de chansons qu’il avait écrites depuis le début des années 80, dont de nombreuses ébauches afin d’en sélectionner onze. Brian reprend là où « Pet Sounds » semblait s’être arrêté mais sans la même réussite évidemment. Des morceaux comme « Love and Mercy » et «Baby Let Your Hair Grow Long » (suite revendiquée de « Caroline no ») sonnent très Beach Boys. « One for the boys » est un hommage clair aux Garçons de la Plage avec des harmonies vocales très belles qui rappellent leur heure de gloire. Quant aux orchestrations, elles visent de Phil Spector avec l’empilement des pistes. Le seul morceau qui sorte u format chanson de 2 à 4 minutes est la conclusion, « Rio Grande », de 8 mn où Brian retrouve sa veine la plus expérimentale. C’est un morceau en plusieurs parties sur la conquête de l’Ouest inspiré de vieux westerns. Le résultat bien qu’agréable, n’est pas inoubliable.

Vu les circonstances, il est assez impressionnant que l’enregistrement ait pu aller à son terme et ait abouti à un bon album à défaut d’être génial. Non « Pet Sounds » sera toujours un monument de la musique populaire, pas cet album solo. Les critiques ont été majoritairement bonnes, voire dithyrambiques. Mais les ventes ont été faibles et l’album est passé assez inaperçu. Sans ces fichues sonorités numériques, il aurait sans aucun doute eu une dimension bien supérieure. Exactement au même moment, à l’été 88, les Beach Boys autour de Mike Love sortaient « Kokomo », single médiocre extrait de la B.O. du film « Cocktail » mais qui allait, lui, cartonner partout, y compris sur MTV et les radios FM…

JOE-ROBERTS
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le 18 avr. 2026

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