Young Jeezy n’est plus vraiment tout jeune. A 38 ans, il était temps que le gus s’en rende compte. C’est désormais sous le nom de Jeezy que le MC d’Atlanta officie pour son huitième album, Church In These Streets.
Avec Church In These Streets, le titre du huitième album de Jeezy ne laisse pas vraiment de place aux doutes quant à la thématique de son album. Ses 19 titres, il les veut comme une grande ode à la rue, et surtout à tous ses vices. Drogue, prostitution, violence, marchandages en tous genres, règlements de comptes et histoires de vengeances : voilà grossièrement les sujets de Jeezy. Sauf que n’est pas Iceberg Slim qui veut. Lui avait de l’inspiration.
Pas besoin de chercher bien loin pour trouver du gros son de 4×4, basses roulantes, kicks 808 exagérés et refrains convenus sur Church In These Streets. En fait, pas besoin de chercher du tout. Mises à part les interludes « Eternal Reflection », « Sister Good Game’s Testimony » et « Go Get It », rien ne dérive de la ligne directrice hébétée de Jeezy.
Il s’érige donc, dès la pochette, en vétéran des rues devenu apôtre du sang séché des pavés. Prenons « Lost Souls » comme témoin structurel. Passé un petit voice-over de prêche, nous voilà partis dans une déferlante de basses rutilantes, d’un beat menaçant et d’un rythme bondissant. Un son fait par la rue, pour la rue, sans autre forme de procès ni d’intention. Elle est là, l’énorme limite de Church In These Streets : passé le constat de la volonté, le serpent se mord très rapidement la queue.
De la démagogie urbaine
Écouter un titre de Church In These Streets, c’est tous les écouter à la fois. Où les beats trappy se superposent sans vraiment de saveur. Bien malin celui qui saura différencier deux morceaux à la fin de l’écoute. C’est que le LP est fait pour se mettre d’un coup, d’un seul, sans vraiment réfléchir à ce qu’on écoute. Un passe-temps quand la radio ne capte plus, donc.
Au milieu de cette bouillie de son, seuls deux morceaux arrivent à sortir du lot. « Gold Bottles » est peut être le titre le plus appliqué de l’album, moins exubérant dans ses roulements de charlet et de snares que ses collègues. Surtout, le flow y est puissant, appliqué, fréquemment ponctué par le son des gunshots.
A LP bourrin, la tradition veut que le dernier morceau s’échappe des horreurs si le MC en a le talent. C’est heureusement le cas avec Jeezy, qui se permet un « Forgive Me (feat. Monica) » bien plus chaleureux que les éructations précédentes. C’est que le reste alterne entre le franchement moyen et le vraiment mauvais, à l’image de « No Other Way » ou « Church In These Streets », très, très faible pour un morceau-titre.
Jeezy sort avec Church In These Streets un album étonnamment gamin pour un mec qui s'est débarrassé de son alias de "Young". La triple alliance gros sons / gros sous / grosse voix est extrêmement redondante, le MC, paradoxal dans ses propos. Prôner le deal et le sang et placer des interludes moralisatrices, avec un peu de jugeote, on évite. Encore un album de rue qui finit dans le caniveau.
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