En ce moment, je réécoute les disques que j'avais gravé lorsque j'étais étudiant, il y a plus de 25 ans.
Bon, en 2001, c'était plus trop trop cool d'être fan de MC Solaar. On sentait que le chanteur commençait à vieillir et à partir sur de la rime faciles. Lorsque je citais Mc Solaar auprès de mes camarades de lycées foncièrement anti-rap (oui, en 2001, les gens qui écoutaient du rock ne se privaient pas de cracher sur ceux qui écoutaient autre chose que ce soit le rap ou l'électro) et ceux-ci me citaient la phrase "sous le sole pleureur, solaar pleure" qui à leur yeux suffisait à discréditer toute la carrière du rappeur.
En vrai, j'ai vécu trois phases de l'appréciation de MC Solaar et je pense que c'est la même pour plein de gens :
- Celle où je trouvais qu'il écrivait trop bien, qu'il était un poète, que c'était du rap différent. Bon, j'étais collégien et je répétais ce que disait les gens à la radio. Ça correspondait à la sortie des albums "qui sème le vent" et "Prose Combat"
- Celle où je trouvais que c'était un peu surfait. Que le mec se la pète un peu et qu'en fait, ses rimes sont faciles. Et puis, c'est pas super engagé. Et ça correspondait à la sortie de l'album 5eme As.
- Celle où je reviens sur ses albums et que je me dis que ça fonctionne quand même. Et que même s'il passe sur des formules un peu facile et s'oriente vers de la variété, au fond, ça reste quand même agréable à écouter et en plus, ça a bien vieilli avec temps. Et ça c'est mon état d'esprit maintenant.
Alors, oui, au niveau des instrus, c'est pile poil entre la variétoche et le rap ordinaire et on est loin des instrus mythiques des deux premiers albums. Comme quoi, quand on vire Jimmy Jay et Philippe Zdar de l'équation, ça sonne comme du rap comme on faisait par kilotonne sur le Skyrock de l'époque (notamment le morceau les colonies avec ses trois notes de pianos et ses voix r'n'b.) Bon, après le son variétoche ça datait déjà de Paradisiaque 4 ans plus tôt.
Quant aux morceaux on a boire et à manger. Certains sonnent comme du rap convenu, comme La Belle et le Bad Boy n-ième déclinaison sur un couple à la Bonnie&Clyde (là encore, on en trouvait pas mal des chansons comme ça sur Skyrock en 2001) Baby love qui est un peu malaisant et rappelle ce que chantait Doc Gynéco... voire sonne comme du Doc Gynéco, et il y a des chansons un peu vide (C'est ça que les gens veulent, l'aigle ne chasse pas les mouches) . Mais il y a quand même de bons reste : Leve Toi et Rappe raconte la genèse du chanteur, Les colonies traite du racisme ordinaire et Arkansas avec sa breveté parle de la folie des armes aux USA. Par contre, j'avoue ne pas trop trop comprendre de quoi parle RMI. L'album se termine avec quelque featuring, ce qui est sympa même si c'est pas les morceaux les plus inoubliables de l'album. (Y a un mec qui a une voix qui ressemble vaguement à celle de Joey Starr sur le morceau final Si je meurs demain.) On a aussi des trucs qui rétrospectivement sonne très dater "je serais dans le journal comme Nino Ferrer."
J'aime bien Hasta La Vista, mais de façon ironique. L'instru et les paroles en font des tonnes sur le côté "amérique du sud/centrale imaginaire" au point que c'est presque mignon. C'est pas non plus le moment le plus glorieux de Claude MC parolier avec cette petite chute de paragraphe assez piteuse :
"Quand je pense à toi
Rachel Esmeralda
J'en ai la gorge serrée
mais bon, j'ai des Valda."
Et en reparlant de paroles un peu honteuse, reparlons de Solaar Pleure.... et bah, j'aime bien quand même. L'instru fonctionne et on sent que MC Solaar essayait de quitter son ton nonchalant pour quelque chose de plus énervé et autant sur RMI j'ai du mal, ici, ça fonctionne bien. En plus il y a un côté un peu "fin du monde millenariste" avec des histoires de Satan et de 666 et ça rajoute au cachet nostalgique.
A la réécoute, ça passe et j'avais une image bien plus lamentable de cet album. Son seul problème, c'est qu'il me donne furieusement envie de réécouter Prose Combat.