Creep (Single)
8.1
Creep (Single)

Single de Radiohead (1992)

Profondément. Très très profond a l'intérieur de nous, on sait qui et comment on est. Nos travers, nos forces, nos penchants , notre personnalité. J'en suis convaincu et j'oserais même dire que celui qui contredit cette affirmation cache sa véritable identité derrière un masque. On en porte tous un afin de s'intégrer dans divers environnements. Dans le cas de ce dernier, il s'agit bien plus de simuler que de l'intégration. Par divers mécanismes de défense, on arrive à cacher certains traits. Envers les autres. Face à soi-même, on sait très bien ce qui cloche.


Radiohead réussi à nous faire ressentir une très grande lassitude face à une situation relativement injuste. L'histoire d'un mec qui justement se connaît bien et qui songe à un amour en devenir qui n'aura pas de suite. Parce qu'il a cette connaissance de lui-même et son extravagance, sa différence, sa singularité bizarre. Vocalement nonchalant, on détecte une apathie, une lenteur mélancolique qui flirte avec une perception de misérabilisme assumée. Juste avant un refrain qui lance au monde une assumation ( oui, j'ai cherché longtemps le mot juste) de ses travers, on porte un coup distortionné qui cadre efficacement avec l'ambiance. Morne, platonique, le gars est visiblement lucide mais totalement écoeuré de la situation. Difficile visiblement de se projeter dans le futur avec enthousiasme sachant ce que l'on représente pour les autres. On insiste sur l'aspect plaintif, une langueur qui se rapproche d'un certain dépérissement. Sincèrement, à l'écoute du morceau, on arrive à comprendre avec justesse l'émotion vécue et on éprouve une empathie envers le chanteur. Bien que ce soit douloureux, il sait parfaitement qui il est et , ça semble le faire profondément chier...


La définition de creep étant assez large ( effrayant, salaud, serpent, bizarre...) on se rabattra plutôt sur une certaine laideur globale concernant sa personnalité. Le calme avec lequel on commence la pièce juxtapose 2 éléments distincts. La plainte, l'abattement et une forme de rage contenue qui ne sort qu'avant le refrain. Encore ici, je crois comprendre exactement où il se trouve émotionnellement et c'est d'ailleurs la force du titre.


Bien qu'il s'agisse d'un amour impossible qui fasse office de sujet, l'atmosphère qui règne arrive à pousser ma réflexion à un niveau personnel. D'abord, je ne m'identifie nullement à l'aspect reptile du mot creep. Ni à la signification salaud du contexte. C'est plutôt le weirdo qui m'interpelle suivi du " what the hell am i doing here ". Prenons l'exemple actuel pour l'illustrer. Je me trouve dans les chiottes de mon lieu de travail présentement. J'écris cette critique pour passer des heures qui n'en finissent plus et qui me rappelle à quel point je m'eclipse du monde environnant. Je ne me vois pas du tout comme les membres de mon équipe, cherchant plutôt à me différencier qu'à y adhérer. Ma fibre littéraire et dans une moindre mesure mes facultés en psychologie ne cadre pas du tout avec le métier. En nettoyant l'urine des WC, je regrette amèrement mes choix et arrive à la conclusion que je me suis planté. Le problème ne vient même pas de ma situation actuelle mais davantage à l'incapacité de me projeter ailleurs tellement je ne sais pas où est ma place ici-bas. J'ai vu une panoplie de trou du cul à la langue brunâtre se faufiler vers des postes hiérarchiques et que je dois reprendre tellement ils sont imbéciles. Je me demande alors il se situe où mon enfoiré de problème. Comme si on me murmurait à l'oreille que j'ai ma place mais loin des hauteurs. Qu'il faudra m'en contenter. Comme je correspond a un divergent, je me rebelle et s'ensuit un argumentaire qui dénote la nullité de l'environnement. On me donne raison, puis je retourne à l'urine séchée sur le couvercle de la toilette. La lassitude fait partie intégrante de mon attitude et ceux qui n'apprécient pas peuvent bien aller se torcher le cul avec une grille de bbq brûlante...


Alors, j'écris. Premièrement parce que ça permet d'évacuer, ensuite pour me la péter intelligent et surtout pour ces 2 ou 3 lecteurs qui suivent mes propos. A partir de cette constatation, je me demande si je devrais continuer. Comme j'aime bien me faire souffrir, je persévère et me convainc que mes écrits serviront pour la postérité alors que secrètement, la descendance n'en a absolument rien à foutre selon moi...


Finalement, ce qu'il y a à retenir de tout ce qui a été mentionné antérieurement se rapporte au rejet. Un aspect le moindrement différent de la norme sera considéré assez facilement creep. Ma personnalité a cet avantage de s'en battre les couilles. Le pire consiste donc à se rejeter soi-même. A force de voir une image de soi déformée dans le miroir, on croit ce que le reflet projete.


C'est ce qu'on projete en retour...



Créée

le 9 avr. 2025

Critique lue 34 fois

Johnny B

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