Je déteste les Allemands en politique, mais en musique, surtout dans les seventies, je les aime assez, hélas ! Généralement, tous les artistes allemands de cette époque sont tapés dans le sac pouilleux du "krautrock", comme s'il s'agissait de musiciens pas du tout habilités à faire de la musique, sorte de Martin Circus boches, ridicules par essence, et d'autant plus ridicules qu'ils sont souvent ambitieux musicalement. Bref, le mépris habituel. Qui me débecte.
Avant toute écoute d'un disque de Popol Vuh que je n'ai encore jamais écouté (ce qui est le cas de celui-ci), je regarde d'abord qui sont les musiciens et les invités. Ici nous avons Florian Fricke, Daniel Fichelscher et la soprano coréenne Djong Yu, plus deux musiciens additionnels (sitar et tabla), présents sur un unique morceau (Der Winter is vorbei), et le sitar brièvement dans l'intro de Du Sohn Davids II. Fichelscher a clairement une tête de psychopathe, mais c'est un sacré musicien. Je regrette l'absence confirmée du regretté Conny Veit et son toucher délicat à la douze cordes. Ce musicien n'a jamais eu l'attention ni la reconnaissance qu'il méritait. Un guitariste dont on reconnaît d'emblée le son, ça ne court pas les rues.
Das hohelied Salomos ? "Le cantique des cantiques de Salomon" (Canticum canticorum Salomonis), rien de moins ! Ouh là, du mystique, de la préciosité, de l'encens et des bigotes ! Pas du tout. Disque très uni, avec des morceaux plutôt courts (le plus long dure cinq minutes). Un long et sensuel chant d'amour (ce qu'est à l'origine le cantique des cantiques, et pas du tout un chant de louanges à la divinité selon ce que les Juifs et les chrétiens en ont fait). Très belle harmonie entre nos trois comparses. Fichelscher joue de la guitare acoustique et électrique, et s'occupe aussi des percussions, puisqu'il est autant batteur et percussionniste que guitariste. Son jeu est sophistiqué mais agréable, fin. Le chant aérien de Djong Yu demeure indispensable.
Je voudrais bien distinguer un titre ou l'autre, mais j'en suis incapable. Le disque, qui me plaît, me frappe par son unité, du reste logique, puisque c'est un disque à thème. Peut-être que le deuxième morceau, Du Schönste der Weiber ("Toi, la plus belle des femmes"), a un petit quelque chose dans la mélodie qui le distingue des autres titres, sans que je puisse en faire un titre plus remarquable que ça dans le contexte.
Il y a parfois des sonorités de guitare à la Mike Oldfield (Du tränke mich mit deinen Küssen), mais ce qui frappe au fond sur toute la longueur du disque, ce sont les percussions (dont Fichelscher est un spécialiste, voire un maître). Et je les trouve chaleureuses, maîtrisées, inventives mais sans excès : elles servent le projet. Fichelscher parvient à donner à la rythmique une tournure mélodique, ce qui me semble un tour de force. Pas de motorik en tous cas, pas de transes psychédéliques, aucune convulsion, pas de tatapoums énervants, zéro choucroute.
J'ignore encore où situer ce disque dans mon estime de Popol Vuh, mais s'il ne contient pas de morceaux de la mort qui tue et qu'on réécoute 10 fois d'affilée, je le place du côté des meilleurs disques du groupe, du moins parmi ceux que je connais (pas plus récents que 1978).
Note — Vérification faite, j'avais écouté ce disque la première fois le 17 mars 2021, et pour démentir le fait que je n'ai jamais écouté de Popol Vuh ultérieur à 78, j'ai écouté en 2020, le 17 décembre (je note tout ce que j'écoute), l'album Agape-Agape / Love-Love, qui date de 83.