Days Are Gone
6.4
Days Are Gone

Album de HAIM (2013)

Entre nostalgie et fraîcheur : la pop au féminin pluriel

Quand on découvre Days Are Gone, premier album des sœurs Haim, c’est un peu comme retrouver un vieux vinyle qu’on n’aurait pourtant jamais écouté. Il y a cette sensation familière, presque réconfortante, mêlée à quelque chose de neuf, de vivant. J’ai mis 8/10 à cet album, parce qu’il réussit à conjuguer avec finesse hommage et modernité, tout en affirmant une vraie personnalité musicale.


Dès Falling, le ton est donné : rythme percutant, harmonies vocales lumineuses, et une ambiance à la fois dansante et introspective. Ce mélange est au cœur de l’album : chaque morceau semble pensé pour faire bouger la tête… mais aussi réfléchir. Forever, Don’t Save Me, ou encore If I Could Change Your Mind déroulent une pop ultra-efficace, portée par des guitares dynamiques, des synthés discrets mais bien présents, et une batterie qui groove sans forcer.


Ce que j’apprécie, c’est la justesse dans la production. Rien n’est de trop, et même les titres un peu plus faibles (comme Let Me Go) gardent une cohérence avec l’ensemble. On sent une vraie direction artistique, ce qui est assez rare pour un premier album.


Là où Days Are Gone gagne en force, c’est dans ses paroles. Les chansons parlent souvent de rupture, de désillusion, de doute — mais sans tomber dans le pathos ou le cliché. Il y a une forme de lucidité dans l’écriture, parfois même une ironie douce.


Prenons The Wire, par exemple. Derrière son refrain catchy et ses chœurs entraînants, le texte raconte une séparation vue des deux côtés, avec un ton à la fois honnête et détaché. Pas de drame, juste une réalité acceptée. Ou Go Slow, qui parle du temps qu’on voudrait parfois figer, pour éviter ce qui vient après. Ces mots résonnent parce qu’ils sont dits sans surjouer, et parce qu’ils touchent à des émotions très humaines.


Si je ne monte pas jusqu’à 9 ou 10, c’est peut-être parce qu’on sent encore trop fortement les influences. Par moments, HAIM semble rejouer ses références (Fleetwood Mac, Prince, voire The Cure) au lieu de complètement les digérer. Il manque parfois cette étincelle d’audace, ce petit pas de côté qui rendrait leur pop vraiment unique.


Cela dit, ce n’est pas un défaut rédhibitoire — au contraire, c’est souvent le lot des premiers albums. Et ici, la base est solide : les chansons tiennent la route, l’univers est clair, et l’énergie est communicative.


Days Are Gone est une entrée en matière franchement réussie. Entre maîtrise technique, sens de la mélodie, et sincérité dans les textes, HAIM livre un album aussi agréable qu’intelligent. Ce n’est peut-être pas une révolution, mais c’est déjà une très belle déclaration d’intention. Et surtout, c’est un disque qui donne envie d’y revenir — ce qui, au fond, est l’un des meilleurs compliments qu’on puisse lui faire.

CriticMaster
8
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le 10 avr. 2025

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