Avant l'excellent Tattoo (1973), Rory a produit 2 albums en 1971.
Deuce sera le 2nd album solo du guitariste qui se lance en formation serrée de power rock classique : sa guitare, une basse et une batterie.
Pour comprendre à quel point il constitue déjà la référence à cette époque, je cite Jimi Hendrix (qui décède l'année précédente) :
Question : "Qu'est-ce que ça fait d'être le meilleur guitariste du monde ?"
Réponse : "Je ne sais pas, demandez à Rory Gallagher."
En somme, Deuce est un manifeste à lui tout seul :
pour le blues :
- les titres In your town et should've learnt my lesson s'inscrivent dans la pure tradition des rythmiques et riff du genre.
pour le guitar hero :
- dans In your town ou Out of my mind, les solos nous transportent dans le bayou du Mississippi,
- I'm not awake yet et there'as a light nous prouvent sur près de 6mn la subtilité de son jeu dans des morceaux aux sonorités sobres, l'une acoustique proche de Led Zep, l'autre à la guitare vibrante à la Santana.
Mais Deuce est aussi tout simplement un album créatif et varié.
- les titres acoustiques anticipent de 20 ans l'unplugged d'Eric Clapton et tous ceux qui ont suivi... On comprend mieux l'hommage de "Slowhand" : "Rory Gallagher, l'homme qui m'a ramené au blues".
- le son étrangement garage fait un peu old school et rock n roll (Maybe I will et Whole Lot of people). La guitare y est claire et n'a pas besoin d'artifice pour briller.
Bref, Rory n'a pas encore dégagé le style qui le portera au firmament des guitaristes avec Tattoo, Calling card ou encore Top priority.
L'album est à l'image du morceau Crest of a wave. Il y a les prémisses de son style... Sa voix qui s'étouffe, une routine répétitive pas encore très puissante et un solo qui jaillit encore pour l'instant dans tous les sens au lieu de tourner plus tard autour d'une phrase centrale.
Il y manque juste le petit plus de son irlandais (la 7ème diminuée m'a dit mon prof ^^ ).
Conclusion : indispensable pour comprendre le parcours musical de l'artiste.