Les années 90 sont cruelles pour la majorité des anciens artistes, que ce soit ceux qui ont vu leur succès exploser dans les années 70 (ils sont devenus vieux et vieillots) ou dans les années 80 (ils sont ringards). On peut essentiellement remercier le mouvement Grunge qui vient tout écraser sur son passage mais surtout apporter un vent de fraîcheur qu'on avait pas vu depuis longtemps. Certains chanteurs et groupes vont tenter le tout pour le tout en surfant sur la vague et vont majoritairement s'y casser les dents commercialement parlant. Pourtant à cette époque Billy Idol fait preuve d'innovation et ne fait pas dans la pale copie, au contraire il tente l'album concept avec Cyberpunk. Qui comme vous avez pu le lire dans ma précédente critique, malgré sa qualité, fut un échec commercial total. Les tensions entre le chanteur et sa maison de disque se font de plus en plus palpables. Et ses addictions aux diverses drogues sont toujours aussi présentes. En 1994, en pleine soirée dans un club il fait une overdose au GHB, oui oui au GHB. C'est à ce moment qu'il décide de reprendre sa vie en main et d'arrêter toute consommation, selon lui-même ses enfants ne lui auraient jamais pardonné s'il était mort ainsi.
Cette même année, peut-être avant ou après son overdose peu importe, le gros producteur Ralph Sall le contacte alors qu'il supervise la B.O. D'un petit film. Première réalisation du néerlandais Jan De Bont, directeur photo d'un tas de gros gros films d'action essentiellement. Ce fameux film rencontrera un très gros succès, ah oui j'oubliais on parle de Speed là ! Pour la première fois depuis 8 ans, Billy retrouve enfin Steve Stevens. Le duo n'a clairement rien perdu de son charme et signe un titre punchy qui rappelle la belle époque de Rebel Yell. Pour citer le magazine NME, « c'est une chanson adéquatement idiote qui siérait parfaitement à un gars qui n'arrête pas de se casser la gueule de son vélo. » On dirait le genre de thème typique des années 80, qui rappelle sans arrêt le titre du film, simple et efficace.
Sur les années suivantes Idol enchaîne un tas de projets tous très différents mais toujours liés à son domaine de prédilection. Il apparaît sur une prestation Live du Quadrophenia des Who, dans les années 80 il avait déjà été le cousin tortionnaire Kevin pour un concert de Tommy du même groupe. Il joue sans propre rôle dans une scène de l'excellent Wedding Singer avec Adam Sandler. Il donne de sa voix au mutique Tony Iommi sur son premier album solo, ce qui me fait dire qu'un album entier aurait été encore meilleur. Il continue en faisant du doublage pour le film d'animation Heavy Metal 2000. Même s'il n'a pas fait de nouvel album depuis 7 ans à ce moment précis, sa carrière a repris du poil de la bête !
Et là c'est tout le contraire du drame. Deux choses vont suivre et relancer sa carrière.
D'une part la chaîne télévisée VH1 lui consacre l'un de ses fameux documentaire Behind The Music. Mais aussi un tout nouveau Best Of avec le grand retour de Keith Forsey à la prod', reprenant tous ses plus gros tubes mais aussi une reprise de Don't You Forget About Me du Breakfast Club...enfin je veux dire des Simple Minds. Que d'ailleurs si vous vous souvenez, j'avais déjà expliqué que la chanson avait été écrite pour lui mais qu'il avait finalement refusé. La boucle est bouclée ! Finalement le seul petit point surprenant de cette nouvelle collaboration entre le trio Idol, Stevens, Forsey, et bien c'est que le guitariste n'a composé que trois chansons. Alors qu'on était habitué à voir Billy et Steve former un duo du tonnerre sur les albums précédents, cette fois-ci c'est surtout Brian Tichy, le batteur, qui coécrit la quasi intégralité des titres.
D'emblée la pochette nous fait comprendre que Billy est toujours la même idole des eighties et qu'il n'a finalement peut-être pas pris une seule ride. Regardez-moi ce physique de malade pour un cinquantenaire ! Alors que l'album précédent avait une pochette absolument dégueulasse, là au moins on a un retour aux sources. Mais quand je parle de flashback je veux dire époque Generation X. Le chanteur semble sortir d'un vieux bar crade et miteux au fin fond de son Angleterre natale, un de ces clubs typiques de la scène Punk du début de sa carrière.
Terminé de déconner, direct un pain dans la gueule avec Super Overdrive. Je pense sérieusement qu'Idol a voulu direct faire comprendre à ses fans qu'il était de retour et que ses tentatives d’expérimentations étaient terminées (malheureusement ou non je vous laisse juger). Il pousse sa voix dans ses derniers retranchements en gueulant notamment le titre de l'album, Steve colle quelques baignes à sa guitare et le reste du groupe suit sans s'arrêter pour respirer. On voir que la vague Offspring (à une période les deux chanteurs ont presque la même coiffure) et des autres groupes plus ou moins Punk des 90s est passée par là, un peu de modernité dans son son « original » fait un bien fou.
World Coming Down n'est malheureusement pas une reprise de Type O Negative, ça aurait pu être intéressant. On reste à peu près dans la même ambiance Punk Rock moderne de la précédente chanson, même dans ses paroles en mode toute la pression du monde sur les épaules du chanteur. Billy semble vraiment avoir pris un gros coup de jeune sur ces deux premières pistes, Brian Tichy apporte une patte punchy à la fois à l'écriture et derrière ses fûts.
Oh bon sang voilà Rat Race, l'un des meilleurs titres de l'album et comme par hasard c'est l'un des rares co-écrits par Steve Stevens. On nous fait le coup des couplets gentillets avec sa guitare acoustique pour en suite s'en prendre plein la gueule sur les refrains. J'aime toujours quand un artiste ose parler à travers de l'une de ses chansons de ses divers déboires et autres mauvaises périodes. Idol n'y va pas avec le dos de la cuillère ici !
On calme légèrement les choses avec Sherri mais ça ne veut pas dire que ça ne bouge pas. Même si je pense que c'est une bonne chanson, ça reste clairement l'une des plus faiblardes de tout l'album.
Plastic Jesus remonte la pente mais au ralenti. Il s'agit d'une reprise d'une vieille chanson Folk des années 50. Pour la faire simple ce n'est pas une chanson religieuse, ces petits Jésus en plastique accrochés au tableau de bord de la voiture cache en fait une flasque d'alcool. Par contre j'aime vraiment pas cette boite à rythme en guise de batterie qui sonne typiquement de l'époque, ça fait vraiment cheapos. A savoir qu'il existe un clip tout nul avec Bam Margera et des images de synthèses vraiment synthétiques. Pas besoin de se demander pourquoi il n'est même pas sur la page YouTube officielle (aucun des clips de cet album ne le sont pour je ne sais quelle raison).
Mais bon terminé la rigolade, c'est l'heure de Scream ! Voilà un single qui devrait convaincre absolument tout le monde. Un rythme effréné, une voix qui ne semble pas avoir pris une seule ride, un solo grandiloquent, que demander de plus. Le grand retour du succès pour le chanteur, enfin qui vend. Comme moi il fallait simplement reprendre les codes de Rebel Yell en changeant légèrement de point de vue. Alors que son classique parlait d'une femme qui en voulait plus, plus, plus, ici c'est lui qui a envie de crier de plaisir. Aisément ma deuxième préférée ici. C'est par contre un de ces singles au clip vidéo quasi inutile, juste le groupe sur scène faussement en Live avec quelques plans sur les femmes du public et sur Idol torse nu.
C'est Noël avant l'heure avec le très sympathique Yellin' At The Xmas Tree. C'est peut-être sensé être un jour de fête mais là on part en père alcoolique qui s'engueule avec la sapin et la mère à l'étage au lit avec le petit papa Noël. Alors bon oui on est plus à lorgner du côté de l'hymne intemporel des Pogues que du Bing Crosby, même si c'est peut-être un signe du futur proche du blond platine. Vous verrez... Par contre ce qu'il ne vaut pas mieux voir c'est son clip dégueu en images de synthèses, oui encore !
Je vais pas vous mentir mais je n'avais aucun souvenir de Romeo's Waiting avant de préparer cette critique. Et au final je comprend un peu. C'est un titre solide, co-écrit par Steve mais qui ne sort pas vraiment du lot, pourtant il y a tout pour plaire.
Alors que Body Snatcher par contre est aisément ma chanson préférée de tout l'album. Ouh quelle claque ! Avec son instrumentation en pleine cavalcade, Billy montre sur son grand cheval et vient nous en mettre plein la gueule avec sûrement ce qu'il a fait de plus dark et heavy de toute sa carrière.
On garde à peu près la même ambiance avec Evil Eye. J'ai lu quelques avis qui comparent avec les Doors, je ne suis pas sûr de voir ce qu'ils veulent dire par là. Mais il n'empêche que c'est à nouveau un titre solide avec ses guitares dans tous les sens et ses synthés qui me rappellent Cyberpunk.
Apparemment Lady Do Or Die est sensé être un hommage à Johnny Cash. Et je dois le dire cette ambiance pseudo country cowboy sied parfaitement à la voix grave d'Idol. Ces accents à la Sweet Sixteen sur Whiplash Smile et cette façon de chanter c'est vraiment là où je préfère Billy.
Cherie, à ne pas confondre avec Sherri vue plus tôt, conserve les guitares acoustiques mais abandonne le désert des Westerns. Je ne sais pas si c'est une chanson pour sa femme, son ex peut-être, peu importe ça reste une mignonne chanson d'amour.
Il est temps de conclure avec Summer Running qui nous fait le coup du « Ha je vous ai bien eu ! ». On commence par une ambiance acoustique et feutrée pour ensuite nous exploser à la gueule dans une seconde moitié vraiment très Rock et aux légers accents Cyberpunk. Billy Idol et Steve Stevens nous font un mélange de tout ce qu'ils savent faire de mieux en une seule et même chanson.
Y'en a un peu plus je vous le mets quand même ? Comme souvent l'édition japonaise de l'album ajoute Bleeding Me Insane. Ce n'est pas la chanson la plus originale mais elle reste solide et aurait eu facilement sa place en plein milieu. En tout cas Summer Running sert de bien meilleure conclusion.
Finalement ce Devil's Playground après de nouvelles réécoutes est bien plus solide que dans mes souvenirs. Dans mon esprit il était correct sans non plus égaler la période faste du chanteur, mais en fait c'est une franche réussite. Mais on dirait que tout le monde n'est pas d'accord avec moi. En regardant les ventes d'album, il se place tout de même en-dessous de Rebel Yell ou Whiplash Smile mais ce n'est pas étonnant. Mais il est même globalement un poil en-dessous des ventes de Cyberpunk. Alors là je suis sur le cul ! Même les critiques de l'époque ne sont pas super super sympathiques. Sur AllMusic, il est dit que le chanteur insiste sur son statut de vétéran sans non plus avoir l'air vieillot, et qu'il part dans une bonne direction pour plus tard. Autant je suis d'accord sur la première partie, autant je trouve que Billy a totalement retrouvé son charme d’antan...même si j'adore Cyberpunk. Par contre il faut le dire d'emblée, la direction pour l'avenir est on ne peut plus surprenante mais on s'y habitue avec Idol !