A la première écoute de Drift, surtout sur les deux premiers morceaux, on parierait presque reconnaitre un album oublié de The Go-Betweens. Car il existe plus qu'une affinité élective entre Peter Milton Walsh et le duo Forster-McLennan. Premièrement, ces trois artistes viennent de Brisbane. Secondement, the Apartments comme the Go-Betweens se sont formés après le séisme punk qui, à la fin des années 1970, a secoué une jeunesse qui souhaitait en découdre autant avec les chemises à fleurs qu'avec la contre offensive néolibérale. On découvre d'ailleurs sans grande surprise que Peter Walsh a été ponctuellement guitariste des Go-Betweens à leurs débuts. L'exercice de comparaison devrait s'arrêter là. Car les réelles distinctions sont d'ordre philosophique. Une philosophie accidentellement induite par un destin plus ou moins heureux. Et si Robert et Grant jouirent du plus, Peter a lui hérité du moins. Les radieuses chansons de the Go-Betweens (même lorsqu'elles sont tristes) émanent d'une source solaire, celles de The Apartments nous rappellent que leur écriture a puisé dans une encre crépusculaire. The Apartments composent définitivement avec la nuit et l'errance qu'elle permet. C'est toujours une âme en peine qui dérive et déambule dans ces "appartements". Cette perdition, hélas, n'est pas une posture. Peter Walsh a goûté au spleen, il s'y est enlisé. Il est notre héros orphéen, notre poète saturnien qui, en dix chansons, dépeint à merveille la détresse et le nihilisme.
Ce deuxième album d'un groupe viscéralement habité par la mélancolie est certes désespérément sombre. Il demeure malgré tout éblouissant. Car son auteur l'exprime dans une maestria sans égale par ses mots, sa musique et sa voix vacillante comme un roseau dans la tempête qui toujours se relève. Drift donne la preuve que les ombres les plus opaques peuvent briller d'éclats insoupçonnés.