Avant d’être un des plus grands groupes des années 70 jusqu’à en personnifier le son « californien » (alors qu’aucun des 4 membres originaux n’en était originaire !), les Eagles ont connu des débuts modestes. Le groupe débute par la rencontre de quatre très bons musiciens à Los Angeles alors qu’ils fréquentent des lieux comme le Troubadour, un des clubs emblématiques de la scène rock-country-folk de l’époque et qu’ils font partie de toute la scène de Laurel canyon en train d’exploser à ce moment-là. Le bassiste Randy Meisner fut un des membres fondateurs de Poco (même s'il n'apparaît sur aucun des albums du groupe) et le guitariste Bernie Leadon fit un passage par les Flying Burrito Brothers. Ils se rencontrent, avec Glenn Frey et Don Henley, lors d'une tournée de Linda Ronstadt où ils sont embauchés pour jouer l'accompagnement de la chanteuse. Et cette dernière va les encourager à former leur propre groupe. Frey et Henley se mettent d’accord sur un point : ils ne veulent pas créer « un groupe de plus », non, ils entendent bien créer le plus grand groupe de rock du monde et pour cela, il faut des chansons en béton armé ! Voilà leurs ambitions affichées clairement dès le départ.
Leur premier album est enregistré en 1972 à Londres, et le producteur Glyn Johns, impressionné par les harmonies vocales des quatre musiciens lui jouant « Take the devil », les pousse sur la voie du country-rock alors qu'eux-mêmes se voyaient plutôt comme des rockeurs. Frey avait d’ailleurs choisi Johns pour ses productions des Rolling Stones, des Who et de Led Zeppelin. Le malentendu ne cessera de se creuser ensuite entre eux mais les tensions sont déjà là lors de ces sessions entre Frey, Henley d’un côté et leur producteur de l’autre. Un 1er album inégal (c’est presque normal, chacun devant trouver ses marques) mais dont deux titres ressortent dès la 1ère écoute comme des classiques immédiats : « Take it easy » co-écrit avec le pote Jackson Browne et "Peaceful Easy Feeling". Deux morceaux chantés par Glenn Frey. Browne avait commencé à écrire « Take it easy » pour son 1er album en 1971 mais n’avait pas réussi à la terminer. C’est en entendant la mélodie que son voisin Glenn Frey va la compléter, les deux remplissant les trous qui restaient dans la chanson. "Witchy Woman", elle, est chantée par Henley. Les quatre compères se partagent en effet le chant mais aussi les compositions, puisqu'ils signent tous au moins un titre. Et c’est peut-être là que l’album varié perd un peu en cohérence car les autres morceaux sont inégaux, allant du bon ("Take The Devil" et « Tryin’ » de Meisner, bien balancé en conclusion) au plus anecdotique et moins réussi comme « Most of us are sad » assez fade, un « Earlybird » de Leadon gâché par des effets sonores dont des gazouillis (?!). Au final, un album réussi mais on comprend vite que Frey et Henley sont des auteurs-compositeurs d’exception, bien meilleurs que Leadon et Meisner. Les mélodies étaient là, les harmonies vocales magnifiques aussi qui n’ont rien à envier à celles de America ou CSN & Y et les musiciens de grand talent. L’avenir était en route et la porte du succès grande ouverte.