Entre le clownesque et l'intégrité
2002. Eminem connait le succès depuis longtemps, il s'y est habitué mais pourtant sa célébrité il ne la gère pas trop. Il répond à des accusations dont il est seul responsable. Des lobbys, féministes, gays, des associations parentales lui sautent à la gueule. Les problèmes s'accumulent sans qu'il ne prenne le temps de les régler. Au contraire il les provoque. Des tensions avec Christina Aguilera, avec Moby (souvenez-vous des MTV Music Awards de l'époque), puis il y aura celles encore plus sérieuses avec Ja Rule, et plus tard celles avec Benzino. Eminem enchaîne les couvertures de magazine avec encore moins de recul qu'à l'époque miséreuse de ses débuts. Le pognon et l'emballement médiatique viennent se placer comme un voile devant ses yeux. Il ne contrôle plus rien. MTV et les médias acceptent tous ses caprices et amortissent toutes ses polémiques. Dans la foulée il tourne dans 8 mile de Curtis Hanson et se remet à écrire pendant le tournage. Les scènes de battle lui donnent des idées. Il griffonne des tas de textes. Certains apparaîtront dans l'album qui sortira juste après (Eminem Show) comme le titre Square Dance, et d'autres finiront dans l'album suivant, Encore qui sera enregistré en 2003.
Les deux albums sont donc deux opus qui se suivent logiquement mais malheureusement Encore est un peu fourre-tout. Des vieux textes y côtoient son actualité (pour l'anecdote les 3/4 de Rain Man ont été écrit en 1998 à l'époque de Slim Shady LP). Certains titres sont écrits à chaud, comme Mosh rédigé en réaction à un discours de Bush justifiant l'envoie de nouvelles troupes en Irak. Mockingbird a été écrit pendant les cessions d’enregistrement, entre les différents coup de fil passés à Hailie restée à la maison. Quoi qu'il en soit, ce nouvel album met tout dans le même panier. L'album est moins bon que le précédent. Enregistré peut-être trop vite, sans trop réfléchir à l'objet final car Eminem offre certains titres moins forts comme Big Weenie, My First Single, Ass Like That ou Spend Some Time, sans pour autant qu'ils soient réellement mauvais. On notera surtout que le rappeur tourne en rond dans son personnage de Sim Shady, qui désormais pète et rote, fait de l'humour pipi-caca (même si j'adore Puke), et à côté de cela il livre des lyrics puissantes et matures comme dans Mosh ou Yellow Brick Road. Un opus qui oscille entre le clownesque et l'intégrité donc.
Bien sûr le vrai problème à cette époque c'est la drogue. La tournée qui suivra montrera un Eminem pâle, coincé dans son costard, dégoulinant de sueur. La drogue, qui était un motif à la déconne deviendra un vrai problème qui l'obligera à annuler sa tournée en Europe. Une addiction qui n'ira qu'en s'aggravant avec la mort de Proof. Encore est donc le dernier album avant le déclin. Inégal, imparfait, avec des vestiges de son talent d'antan mais aussi des premiers signes de faiblesse, il est le début de la fin avant qu'il revienne 5 ans plus tard sous une nouvelle peau, et avec un nouveau public.