Il serait mensonger de dire que cet unique projet de Videoclub fait dans l'originalité. Il sort en 2021, les années 80 sont encore très à la mode. Toutefois, on peut noter la particularité d'avoir un album dont le style est nostalgique d'une époque que les artistes n'ont pas connue. Il s'agit presque de recréer un sentiment à partir de rien. Mais est-ce vraiment le cas ? Adèle Castillon et Mattyeux sont des enfants des années 2000, où les programmes culturels des 80's sont encore largement rediffusés. Il n'est donc pas impossible que cette période ait une place dans leur imaginaire esthétique.
L'ambiance de l'album, Adèle la décrit elle-même dans l'outro SMS comme « une instru en mode années 80 avec une voix à la France Gall ». Un peu présomptueux, mais pas si éloigné de la vérité que ça. Le duo fait preuve d'une très bonne complémentarité. Mattyeux est le producteur du groupe, avec un talent manifeste pour les boucles accrocheuses, rendant les titres hyper reconnaissables, bien qu'ils se ressemblent peut-être un peu trop. L'instrumental de Roi est tellement iconique que beaucoup la reconnaîtraient sans avoir jamais entendu le titre. Néanmoins, les capacités vocales de Mattyeux sont très limitées, bien que j'apprécie son ton nonchalant, presque parlé, et c'est là qu'Adèle vient apporter son joli timbre de voix. Une voix qui a du mal à porter, au point d'être parfois éclipsée par la mélodie, comme dans le très bon Mai. Il n'en reste pas moins qu'elle chante très juste.
Cette combinaison des deux artistes est d'une efficacité remarquable. Les titres réussissent vraiment à nous rendre nostalgiques de cette époque, et je ne parle pas des années 80. Non, cette époque n'est pas bien claire. On arrive étrangement à tous se la représenter alors que nous sommes de générations différentes. C'est cette espèce de rêve fiévreux. Ce souvenir qui semble ébloui par une lumière qui nous empêche de percevoir distinctement l'image.
Malgré tout, l'album souffre du jeune âge de ses deux artistes. Étant ce qu'ils sont ; de jeunes bourgeois, blancs et citadins, la pauvreté de ce qu'ils ont raconté est manifeste. Ils n'abordent qu'un seul et unique thème : l'amour. Qui plus est, leur écriture est faite d'un abondant verbiage plein de métaphores pseudo-poétiques qui rend leur propos incompréhensible. On n'en gardera que le fait que ces abstractions permettent au moins de se concentrer sur la puissance mélodique, mais trop à leur détriment pour que cela en devienne une qualité.
Somme toute, Euphories ressemble au couple que formait le duo. Un amour de jeunesse : beau, intense, fugace, profondément mélancolique... comme un souvenir lointain.