Je ne pensais pas passer un mauvais moment devant Max Payne. Je ne me fais plus avoir par les titres qui ont apporté quelque chose au jeu vidéo. Hormis de rares exceptions (comme ça, je pense à Doom), leurs mécaniques rudimentaires les rendent très vite obsolètes une fois que d'autres sont venus les perfectionner. Je ne me fais pas avoir par le médium lui-même. Le jeu vidéo, ce n'est pas la musique ou le cinéma : ça vieillit et ça n'a pas vocation à être intemporel. Des titres peuvent se trouver être devenus objectivement mauvais avec le temps.
Il se trouve que Max Payne fait partie de ceux-là. Le cœur de ce qu'il a proposé, c'est-à-dire des fusillades, n'est pas bien convaincant après 25 ans de jeux de tir qui n'ont eu de cesse d'améliorer ce genre. Toutefois, je pensais y trouver quelque chose qui m'aurait contenté, comme une particularité que seul l'inventeur d'une mécanique sait faire mieux que personne. Malheureusement, ce n'est pas le cas. Les mouvements sont très imprécis, j'ai souffert dans les pourtant très très rares phases de plateforme, et même la visée l'est. Il me paraît impensable de faire le jeu sans l'assistance à la visée tant on passera son temps à casser les murs plutôt que les ennemis.
J'imagine que c'est censé être corrigé, ou au moins atténué, par le système de ralenti. Dommage que cette mécanique soit si peu exploitée. Le bouton qui se contente de ralentir le temps est pratique, mais j'ai justement la sensation qu'il corrige un défaut au lieu d'apporter un plaisir de jeu. Le bouton qui ralentit le temps tout en faisant faire une cabriole à Max est plutôt marrant à utiliser, bien cinématographique et tout. Par contre, passé le premier tiers du jeu, il devient inutile face aux ennemis qui deviennent plus forts et plus résistants. Simplement parce que cette mécanique nous rend moins efficaces. Elle permet à peine d'éviter les tirs ennemis, ralentit la cadence des fusils à pompe, ne dure pas très longtemps et fait tomber Max au sol comme un con pendant une bonne seconde, ce qui laisse largement le temps aux ennemis de nous rafaler. Arrivé à la fin, le jeu était devenu un bête jeu de tir imprécis avec des ennemis qui apparaissent soudainement sans que le ralenti ne nous permette d'y réagir.
Surtout, c'est peu comme palette de mouvements. On en fait vite le tour et, mis à part quelques passages inspirés, le level design ne renouvelle pas la boucle de jeu. Ce qui fait que le titre n'a très vite plus rien à proposer. Une critique disait qu'on aurait aimé que le jeu soit plus long, mais surtout pas : il l'est presque déjà trop du haut de ses 10 heures de niveaux mal rythmés à la musique en contrat mi-temps.
Le jeu a l'air de souffrir d'un manque de budget ou d'ambitions trop grandes de Remedy, qui se voyait déjà à l'époque faire du cinéma dans le jeu vidéo. Outre le fait que, selon moi, le jeu vidéo n'a jamais rien gagné à singer le cinéma, si les développeurs de jeux vidéo ne travaillent pas dans le cinéma, c'est peut-être pour une raison. Le scénario est d'une platitude sans nom, enchaînant les poncifs et clichés à la chaîne. Le coup du flic qui sombre dans la vendetta meurtrière après le meurtre de sa famille... on souffle. Sans la moindre subtilité, bien sûr, et avec l'imaginaire d'un adolescent de 15 ans. Il y a une entreprise qui s'appelle Aesir (comme les dieux nordiques) qui produit une drogue appelée Valkyr : sérieux ? On a aussi une société secrète avec à sa tête un monsieur du nom d'Alfred Woden (comme le nom germanique du dieu Odin) et qui est borgne...
Bref, le jeu est vraiment fait de bric et de broc. Les cinématiques en bandes dessinées, les photos digitalisées qui ne collent pas toujours à l'ambiance, les membres du studio qui jouent certains rôles — mention spéciale à Max, joué par le scénariste Sam Lake et dont la performance n'est pas très convaincante. Il y a quelques idées de mise en scène à certains moments, mais c'est faiblard.
Je suis tout de même curieux de voir à quoi ressemble Max Payne 2, ne serait-ce que pour voir l'évolution du studio Remedy, qui est aujourd'hui bien loin de ce que j'ai pu voir ici.