Il y a quelque chose d'un peu vertigineux dans Evaporator. En sept albums, Nathan Fake n'a jamais vraiment quitté la maison — celle bâtie par Aphex Twin, Boards of Canada, µ-Ziq, et une poignée d'autres architectes de l'IDM britannique des années 90. Sauf que là, pour la première fois, il semble l'habiter pleinement plutôt que de longer les murs.
L'album s'ouvre sur Aiwa, nappe cotonneuse et beats qui se cherchent, le genre d'intro qui coche immédiatement la case "BoC mode activé". Ce n'est pas un reproche, c'est un constat : le son est tellement assimilé qu'il en devient organique. Hypercube change de registre, beats destructurés et saturation mordante, Clark n'est pas encore là mais son ombre plane déjà. Yucon ralentit, lugubre et langoureuse, traversée d'une lumière froide comme une percée de soleil en novembre. C'est là qu'Evaporator est le plus à lui-même : dans ce suspense doux, ni tout à fait sombre ni tout à fait rassurant.
Bialystok fait basculer l'album côté IDM à l'ancienne avec un élan µ-Ziq presque jubilatoire, et The Ice House s'impose comme l'une des pièces les plus touchantes : lente, nostalgique, quelque chose entre une musique de RPG et un souvenir qui se dissout. C'est précisément quand Fake abandonne l'impulsion dancefloor que l'album respire le mieux. La zone de turbulences arrive aux alentours de Sunlight on Saturn et You'll Find a Way, belles, mais moins nécessaires, le fil narratif se relâche sans vraiment se rompre.
La fin redresse la barre. Orbiting Meadows, cosignée avec Clark, est une anomalie splendide : un piano microtonale en 18EDO qui tintinnabule autour de nappes plaintives (a closer listen), comme une horloge cassée dans une pièce vide. C'est l'instant le plus étrange de l'album, et le plus mémorable.
Evaporator ne réinvente rien, et il le sait. C'est sa lucidité, et peut-être sa limite.
Un 7/10, mais qu'on lira sans honte comme un 7,5.
Si vous n'avez que 3 morceaux à écouter : The Ice House, Orbiting Meadows, et Bialystok.