"Everybody Loves Sausages", c’est un peu comme un barbecue organisé par des musiciens aussi passionnés qu’indomptables : on ne sait jamais exactement ce qu’on va trouver dans l’assiette, mais on sent que les cuistots se sont bien marrés en cuisine. Ce disque de reprises signé Melvins, sorti en 2013, surprend autant qu’il divise, et c’est précisément ce qui en fait une œuvre intrigante, parfois fascinante, mais pas toujours aboutie.
Dès les premières notes, on comprend que ce n’est pas un simple exercice de style. Les Melvins ne cherchent pas à coller fidèlement aux originaux : ils les triturent, les distordent, les malaxent à leur sauce. Parfois, ça fonctionne à merveille — la reprise de "Station to Station" de Bowie est un bel exemple de réinvention lourde et inspirée, où le respect du matériau d’origine se mêle à l’identité sludge du groupe. À d'autres moments, l’hommage frôle l’ironie ou l’expérimentation gratuite, ce qui peut laisser l’auditeur sur le pas de la porte, hésitant entre sourire et soupir.
Le disque brille par son éclectisme : Queen, Venom, Throbbing Gristle, The Kinks, tout y passe, comme une lettre d’amour foutraque au patrimoine rock et expérimental. C’est cette diversité qui fait aussi sa limite. L’album donne parfois l’impression d’un collage un peu décousu, où la cohérence cède le pas à la performance. Le plaisir est indéniable, mais inégal. En tant qu’auditeur, on alterne entre l’excitation de la découverte et une certaine fatigue face à la densité du projet.
Ce qui sauve l’ensemble, c’est cette énergie brute, cette absence totale de prétention, et ce goût du jeu si typique des Melvins. On sent que ce disque, c’est avant tout un plaisir pour eux. Et ce plaisir, même s’il n’est pas toujours communicatif, reste palpable et respectable. Le projet a du panache, de la personnalité, et surtout il ne cherche jamais à séduire à tout prix.
En conclusion, "Everybody Loves Sausages" est une œuvre aussi généreuse qu’inégale. Un disque qui mérite l’écoute, surtout si l’on accepte ses défauts comme faisant partie intégrante de sa démarche. Avec une note de 7/10, je salue un projet sincère, parfois brillant, parfois brouillon, mais jamais tiède. Un peu comme une saucisse bien grillée : tout dépend du morceau sur lequel on tombe.