Avec Exai, Autechre signe une œuvre aussi monumentale qu'intransigeante. Ce double album de plus de deux heures refuse toute concession : il brouille les repères, fracture les structures et exige une écoute active, presque méditative.
Ce qui frappe, c’est la densité. Chaque morceau est un puzzle rythmique, une masse organique où glitchs, textures granuleuses et variations insaisissables cohabitent dans une logique propre. Loin de chercher l’adhésion immédiate, Autechre explore les limites de la musicalité elle-même. Et c’est justement dans cette radicalité que Exai déploie sa puissance.
Certains passages — comme “bladelores” — ouvrent des respirations plus contemplatives, mais l’ensemble reste volontairement ardu. Il y a une froideur assumée ici, un goût pour l’abstraction algorithmique qui peut dérouter. Mais derrière cette façade cérébrale, se cache une vraie forme d’émotion : étrange, indirecte, mais bien réelle.
Je lui mets 8/10, car si Exai impressionne, il ne touche pas toujours au cœur. Sa longueur, bien que cohérente avec l’intention artistique, finit par éroder un peu l’impact global. Mais ça reste une expérience rare, qui mérite d’être vécue — pour peu qu’on accepte de s’y perdre.