En 1992, où en est Iron Maiden? Après avoir occupé une place de leader du Heavy metal durant la quasi-totalité des années 80, on sent une baisse de régime, notamment à partir de 1990 et l'album No Prayer For The Dying. Premier album suivant le départ du prolifique Adrian Smith, No Prayer... nous montrait un Iron Maiden peut être fatigué, en manque d'inspiration, avec des compositions simplifiées. Finies les structures complexes et autres chansons à tiroirs, qui ont toujours été une marque de fabrique de la vierge de fer. Ceci dû à la volonté de Steve Harris après un Seventh Son Of A Seventh Son ultra progressif (et qui a par ailleurs entraîné le départ d'Adrian Smith). Nous voici donc en 1992 et le groupe, au lieu de se reposer et de prendre du recul par rapport au semi-échec qu'est ce No prayer... continue sur sa lancée en composant un autre disque. Voilà peut-être l'erreur de Steve Harris and co. En effet depuis 1980, las anglais ne se reposent jamais et ils tiennent un rythme quasi-inhumain en enchainant tournées et albums avec une régularité exemplaire. Jusqu'en 1988, ça n'avait posé de problème à personne, étant donné que le groupe sortait constamment de véritables bijoux, chaque album (et chaque tournée accessoirement) représentant une certaine évolution. Mais à partir de No Prayer... le groupe cesse d'évoluer en effectuant ce que j'estime être une régression. Retour à des compositions simplifiées au maximum, scène dépourvue de décor thématique, comme le groupe nous y avait habitué. Iron Maiden s'est perdu à l'aube de ces années 90 riches en nouveautés (apparition du mouvement grunge, et, par extension, des scènes alternatives).
1992 donc (oui j'y viens !) Iron Maiden sort Fear Of The Dark. Notons tout d'abord la pochette formidable (la première non réalisée par Derek Riggs le créateur d'Eddie, un signe peut-être?). Et niveau son ça donne quoi? Eh bien à mon avis, c'est pas terrible. Les deux premiers titres pourraient être bons, si Bruce Dickinson les chantait, au lieu d'adopter cette espèce de grognement insupportable. Quelques chansons se détachent du lot, notamment Afraid To Shoot Strangers, Wasting Love, Judas Be My Guide et son excellent refain et bien sûr Fear Of The Dark, qui clôt l'album de la meilleure manière. Ce titre est devenu un classique en concert, et c'est pas pour rien. Malheureusement, on dirait que toute l'inspiration du groupe est allée dans le morceau-titre, tellement celui-ci dénote avec l'ensemble du disque. L'écoute de ce disque est difficile pour moi, et ça me fait mal car j'aime Iron Maiden profondément. Mais on sent cruellement le manque d'inspiration du groupe, la plupart des chansons sont assez fades et insipides (Chains Of Misery, Childood's End et son refrain insupportable, Fear Is The Key et son break incompréhensible etc...) Iron Maiden est rouillé sur cet album, et ça s'entend. Même le son de caisse claire me dérange, un son un peu trop eighties à mon goût, alors que pendant les 80's le son de caisse claire de Nicko McBrain était si... clair et pétillant.
En bref, on se trouve ici face à une grosse déception, plus grosse même que celle que pouvait être No Prayer... (que je considère comme un album de transition mais dans lequel subsiste encore un peu de magie). C'est dommage, mais c'était presque inévitable au vu du rythme de travail que s'imposait ce groupe ô combien talentueux.
Après la tournée qui suivra Fear Of The Dark, Iron Maiden se retrouvera dans une mauvaise passe, puisque Bruce Dickinson, chanteur emblématique, ira voguer vers une carrière solo, avant de retrouver le giron de la vierge de fer en 1999. Mais ça c'est une autre histoire nommée Brave New World...