Fire Eater
-
Fire Eater

Album de Rusty Bryant (1971)

Il faut aborder Fire Eater pour ce qu'il est : un excellent disque de série chez Prestige, enregistré à la va-vite un après-midi de février 1971, et non un monument intouchable. Si la sauce prend aussi bien, c'est autant par l'efficacité du groove que par une forme d'économie de moyens qui frôle parfois la paresse.


Un saxophone de métier, plus que de génie

Rusty Bryant n'a jamais été un styliste de premier ordre. Son ténor a du coffre, de la poigne, et cette sonorité râpeuse héritée en droite ligne de Ben Webster (pour le grain et le souffle) ou de Coleman Hawkins (pour l'attaque cuivrée). Mais soyons lucides : son vocabulaire reste limité. Bryant répète les mêmes plans bluesy, abuse un peu du growl guttural quand l'inspiration cale, et préfère la force brute à la subtilité. C'est du travail d'artisan solide, taillé pour faire monter la température dans un club enfumé à deux heures du matin, mais la prise de risque harmonique est proche de zéro.


Wilbert Longmire : le maillon faible ?

C'est sans doute le point le plus discuté de cette session. Le guitariste Wilbert Longmire fait le job, mais sans jamais étinceler. Cantonné à jouer des cocottes rythmiques très répétitives pour meubler l'espace entre l'orgue et la batterie, il manque cruellement d'incisivité dès qu'il prend un solo. Là où un Grant Green ou un George Benson auraient apporté un phrasé mordant et de la relance, Longmire reste scolaire, un peu plat, et peine à sortir du cadre. Ses interventions manquent de relief et trahissent une certaine monotonie.


Ce qui sauve la mise : le moteur Muhammad / Mason

Si l'album tient debout malgré ces faiblesses, c'est grâce au travail de terrassement de la section rythmique. Idris Muhammad est fidèle à sa réputation : son jeu de charleston est d'une sobriété royale, verrouillé dans le pocket, apportant cette nonchalance très Nouvelle-Orléans qui empêche le morceau-titre de sombrer dans l'ennui. À l'orgue, Bill Mason (sur la face A) et Leon Spencer, Jr. (sur la face B) font tourner les basses au pédalier avec une belle souplesse, palliant intelligemment l'absence de bassiste.


Le verdict

Fire Eater n'est pas un chef-d'œuvre d'inventivité. Le motif du morceau-titre tourne pendant près de dix minutes sur deux accords, et la face B s'avère nettement plus conventionnelle. Mais malgré la pauvreté des solos et un guitariste un peu transparent, l'album conserve un charme brut, terrien et éminemment sympathique. Mais c'est un très bon disque de genre, hautement recommandable pour quiconque aime le soul-jazz poisseux et les rythmiques funk à l'ancienne.


Rusty Bryant (ts) - Bill Mason (pistes : A1, A2) Leon Spencer, Jr. (pistes : B1, B2) (organ) - Wilbert Longmire (g) - Idris Muhammad (d)

naturabilis
7
Écrit par

Créée

il y a 3 jours

Critique lue 1 fois

naturabilis

Écrit par

Critique lue 1 fois

Du même critique

Rusty Rides Again!

Rusty Rides Again!

7

naturabilis

il y a 3 jours

Suivre

Critique de Rusty Rides Again! par naturabilis

Rusty Rides Again ! marque une rupture complète avec la décennie Prestige. C'est l'album du retour à la maison, à Columbus. Enregistré en direct le 24 février 1980 dans les studios Musicol pour la...

Fire Eater

Fire Eater

7

naturabilis

il y a 3 jours

Suivre

La ferveur et ses limites

Il faut aborder Fire Eater pour ce qu'il est : un excellent disque de série chez Prestige, enregistré à la va-vite un après-midi de février 1971, et non un monument intouchable. Si la sauce prend...

Intuition

Intuition

2

naturabilis

le 24 déc. 2023

Suivre

Où est passé la magie ?

Sincèrement, pas de quoi passer beaucoup de temps à analyser un album qui n'a ni goût ni saveur.J'ai même cru entendre le même morceau du début à la fin de l'album...Où est passé la magie de la...