Rusty Rides Again ! marque une rupture complète avec la décennie Prestige. C'est l'album du retour à la maison, à Columbus.
Enregistré en direct le 24 février 1980 dans les studios Musicol pour la radio locale WBBY-FM (avec une gravure confiée au fidèle Rudy Van Gelder), l'album rompt avec les arrangements new-yorkais pour retrouver l'énergie d'un quintet local de club.
L'esprit "Gig de club" et la couleur Hard-Bop / Mainstream
On oublie le funk urbain ultra-produit. Le choix d'inclure un trombone (Gary Carney) donne à la ligne de front un son plus massif et chaleureux, proche de l'esprit quintet des années 50. La tracklist reflète ce retour aux standards et au swing décontracté : Soft Winds (Fletcher Henderson), St. Thomas (Sonny Rollins), et même un medley audacieux mêlant The Entertainer et I'm Old Fashioned.
La révélation Bobby Floyd
Pas d'orgue Hammond cette fois, mais un piano tenu par un jeune Bobby Floyd (qui deviendra une figure majeure de la scène d'Ohio, jouant plus tard avec le Count Basie Orchestra). Son jeu apporte une fraîcheur et une assise harmonique très acoustique, loin des claviers électriques de la période 1973.
Un Rusty Bryant libéré des contraintes de production
Délivré des formats radio calibrés qu'on lui imposait chez Prestige au milieu des seventies, Bryant joue pour son public local. Son son au ténor est resté intact : généreux, cuivré, gorgé de blues. Sur la composition originale Gettin' In The Groove, il déroule avec aisance et sans chercher à forcer le trait commercial.
C'est un disque brut, authentique et sans prétention. Ce n'est ni la transe poisseuse de Fire Eater (1971), ni la classe tirée à quatre épingles de Returns (1969), mais le témoignage sincère et très vivant d'un vétéran qui prend du plaisir à jouer chez lui avec une rythmique locale ultra-solide. Un très bon moment de jazz de club.