Un homme s'approche.
Je l'entend me parler, clairement, sa voix caresse et pourtant il est évident qu'il ne cherche aucune séduction.
Il a la voix d'un homme qui a vécu, beaucoup, qui a vécu de tous temps. Même avant les femmes et les hommes. Une voix inhumaine à force d'être humaine, d'une immensité humaine, d'une humanité immense.
Au vrai, cet homme, disent les dates, a peu vécu : 1948-1974
Mais tout est musique, et chaleur, et retenue, tout est douceur émue, dans ce qu'a produit cet homme, avec sa guitare et sa voix. Parfois on dit d'une personne qui n'a pas de graisse : «il est sec» et cela sonne comme une qualité. Mais là c'est également si peu musclé, et si puissant pourtant.
Nous qui demandions «mat» le développement de nos photos ! Nous avions une K7 de Nick Drake dans le walkman, à force de penser «mais il s'adresse à moi», nous faisions partage et nous faisions collectif... et l'hiver ne semblait plus aussi froid, l'hiver nous allait, tout nous allait. Écoutez, c'est un immense cadeau.
La gravité, la masse de la terre, avant tout, nous attire. Racines.
Je me suis couché dans ce chant, dans cette musique, comme dans le lit d'un fleuve, et rien ne débordait, et tout a débordé.
Les fleuves coulent uniquement dans les dépressions de la terre.
Le fleuve coulait dans une ancienne dépression de la terre, et de cette dépression, l'homme entré en terre si tôt dans sa vie, créait de la vie, de l'existence, des floraisons en aval de son sillon asséché.
Écoutez, c'est un immense cadeau.