A ceux qui ne seraient pas persuadés que Steve Vaï est l'héritier de Frank Zappa et Captain Beefheart, il suffira d'écouter "Flexable" pour être convaincus.
L'album est constitué de matériau très hétérogène, mais qui fait très studio. On y trouve pêle-mêle de cours morceaux humoristiques qui font penser à des jingles de radio ("Bill's private parts", "Next stop earth", "Chronic insomnia"), des délires à partir de voies enregistrées, à écouter une fois pour rigoler, mais qui peuvent devenir fatigants ("So happy"), de l'instrumental sérieux et solide.
Parmi ce dernier genre, "Viv Woman" est un beau morceau de bravoure à la guitare ; "Lovers are crazy" est un peu trop mou pour être pris au sérieux ; "Salamanders in the sun", avec sa flûte et son xylophone, fait vraiment penser à du Zappa léger, quoiqu'un peu plus prévisible, avec une fin prog ; "The boy/girl song" fait assez Broadway, mais manque un peu d'épaisseur ; "The attitude song", avec sa guitare miaulante, fait très jingle de menu de jeux vidéo ; "Call it sleep" est un slow un peu téléphoné à la guitare et à l'orgue, sauvé par les prouesses à la guitare de Steve, dont les effets rappellent ici un Jeff Beck ou sa prestation sur "Black forest" ; "Junkie" est encore un morceau à la Broadway qui a de bons passages, mais manque d'unité ; "There is something dead here" est du foutage de gueule qui recherche la dissonance à la Pierre Boulez : ce coup-ci, ça ne m'a pas fait rire (cela dit la fin est étonnamment belle) ; Bledsoe Bluvd a une belle ligne de basse mais trop de dissonances ; "Burnin' down the mountain" a des accents intéressants, hésitants entre le folk et la musique indienne, mais traîne un peu en longueur.
Pour résumer, un album fait de bric et de broc, avec des idées qui fusent un peu au hasard. Pas inintéressant mais grandiose seulement par instants.