Avec Flourish // Perish, Braids opère une mue sonore radicale : exit les guitares organiques de Native Speaker, place à une électro cérébrale, fragmentée, profondément texturée. Ce tournant n’est pas qu’un changement d’instrumentation — c’est un véritable parti pris esthétique, qui transforme la musique en matière à sculpter.
La production, glaçante et précise, évoque parfois James Blake ou Apparat, mais avec une nervosité plus palpable. Les beats semblent surgir de nulle part, disséminés dans un espace sonore vaste et inhospitalier. C’est un album de creux, de silences, de glitchs — et pourtant, jamais dénué de chaleur. La voix de Raphaelle, souvent étirée, samplée, désincarnée, devient elle aussi un instrument, flottant au-dessus des textures numériques.
Chaque morceau paraît en suspension, comme si le groupe refusait toute résolution facile. Cette instabilité est fascinante : Flourish // Perish vit dans ses failles. Si certains peuvent ressentir une froideur, je vois plutôt une sincérité technique, un souci du détail qui transforme chaque son en émotion latente.
Un album à la production brillante, parfois aride, toujours audacieuse. Braids n’a pas seulement changé de langage, ils en ont inventé un autre.