Le cas Eric’s Trip est un véritable cas d’école sur la meilleure façon de flinguer toute tentative de trouver le succès. Car le groupe canadien possédait véritablement de l’or dans les mains. Faisons simple : chaque morceau que le groupe ait sorti sur chacun de ces trois albums est une merveille de mélodie, un classique instantané, rangeant le groupe au coté des Sebadoh ou Pavement sans aucun complexe.
Mais voilà, le groupe fait tout pour saborder ce génie : une prod à la ramasse (même pour un groupe lo-fi) le groupe semble enregistrer dans son salon, des morceaux pas finis, ou parfois à peine ébauchés, des expérimentations chelous au milieu de tout ça, lorgnant vers le field recording, bref tout est fait pour faire fuir quiconque poserai les oreilles la-dessus. Mais comme je l’ai dit, le groupe possède un invraisemblable génie mélodique, qui emporte tout sur son passage. Et transforme tous les défauts en une sorte de bulle où l’on se glisse avec plaisir, sitôt qu’on ait fait le premier pas.
Sorti un an après le fabuleux et légèrement chaotique Love Tara, Forever Again vient confirmer que le groupe ne fera aucun effort pour nous accueillir dans son monde. Et c’est sacrément dommage car le disque est une suite de merveilles en tous genres, pour qui creuse un peu. Il suffit de poser son oreille sur le tubesque Girlfriend (mais vraiment comment ce morceau sorti en 1994 n’est pas devenu un tube, c’est à n’y rien comprendre) ou le langoureux My Bed Is Red pour s’en convaincre. Always There qui évoque Elliott Smith avant l’heure, December 93 et ses accords presque punk, View Master et sa batterie erratique (et son chant qui a du inspiré Anton Newcombe), la sublime Cloudy, pour ne citer que ceux-là, tout semble tellement simple et évident. Comme un enfant génial qui n’en ferait qu’à sa tête, Eric’s Trip s’amuse sans se soucier du monde qui l’entoure. C’est ça qui le rend si merveilleux.