Avant tout, non, ce n'est pas pour tout le monde. On y va dans une brutalité assez prononcée,on ne fait absolument pas dans la dentelle. Et c'est ici justement que la nécessité d'en consommer une dose prend tout son sens. Je préfère de loin être en colère que d'être triste. Enragé, dans mon palmarès des émotions fait beaucoup moins mal que tout ce qui pourrait faire pleurer mes yeux, et ce, depuis longtemps. C'est aussi pour cette raison que votre hôte ( ça c'est moi) a toujours ce visage bête,froid et probablement impassible aux yeux des autres. Pour vous leurrer...


Ma mère disait a ce propos que j'étais beaucoup trop sensible et que je devrais apprendre a me protéger. Ainsi, j'ai façonné un masque de dureté afin de m'en servir comme bouclier. Et, la majeure partie du temps, ça fonctionne assez bien. En ce sens que j'obtiens la paix de mes contemporains sans même dire un seul mot. Ici encore, le stratagème opère rondement. Le leurre est fonctionnel.

Par contre, il agit sur les deux côtés ( je crois beaucoup a la dichotomie bien -mal, Dieu -Diable...) de la médaille de merde qui me sert de vie. Autrement dit, on interprète aussi facilement que ce processus est valable en ce qui a trait aux blessures émotionnelles ou a l'amour que je peux porter aux proches. L'impassibilité avec laquelle mon visage réagit aux intempéries se traduit par les deux revers de la médaille. Et je dis bien les deux "revers" pour illustrer a quel point je suis dans la merde peu importe ma "vraie" réaction interne. Devant une menace, certes, ce pseudo calme met l'agresseur dans le doute et finit même la plupart du temps par balayer l'agression. L'autre, sans dire qu'il a peur, hésite, se méfie, et abandonne le projet prévu. Et ajoutons aussi que l'autre, dans mes récits est toujours l'agresseur. Parce que de ma vie, a une ou deux exceptions près, jamais je n'ai agressé quelqu'un. Il m'en faut énormément ( trop) pour que je prenne des mesures réellement violentes. Toutefois, le leurre a ses limites.

Malgré beaucoup de travail pour peaufiner la théâtralité de ce jeu entre mes émotions et mon mental, l'envers du décor me mène trop souvent a l'inverse de ce que je tente de combattre. Et ici, je ne peux malheureusement pas fuir la tristesse. Que ce soit en amour ou avec mes enfants, chacun en a interprété la majeure partie comme de l'indifférence de ma part. Mes enfants ont longtemps cru que je me foutais éperdument de mon rôle justement a cause de ce masque. Mes compagnes me l'ont reproché maintes et maintes fois. Tu n'es qu'une merde qui se fout royalement de ses responsabilités et qui est une pourriture émotionnellement tellement tu te fous de tes enfants. Le leurre m'a leurré...


Si seulement, on savait ce qui se passe en dedans. Voilà pourquoi j'ai utilisé le titre " from the inside". Parce que le vrai est a l'intérieur. Mon fils croyait récemment que lors de mon départ après notre moment ensemble, que je le quittais en me tapant dans les mains et que je n'avais aucune émotion en le laissant. Juste indifférent. Impassible. Et retournant a ma vie de rêve de célibataire qui vit sa meilleure vie en se foutant éperdument de toutes les contraintes que peuvent avoir les autres. Dans mon cas, selon les bien pensants, je suis bel et bien une raclure sans fierté qui se torche bien le cul avec les rôles que je joue... Je me suis leurré moi même...


Si vous saviez combien j'en ai plein mon cul d'être perçu injustement comme une chiure. Fatigué. Mon petit prince qui ne voit pas les larmes qui coulent a mon départ. Mes filles qui ont cru aussi que je les abandonnaient littéralement pour n'être qu'un gros paumé seul dans son petit appartement miteux. On est tellement loin de la réalité que je ne peux même pas imaginer a quel point un récapitulatif et un justificatif serait laborieux et compliqué a élaborer pour avoir le seul et unique" vrai" portrait de mon coeur. Seule l'écriture de bribes , d'instants choisis pour faire comprendre et d'illustrations musicales arrivent a rétablir la réalité a coups de pourcentages minimes. Évidemment, on comprendra a ma mort. Parce qu'on relira mes traces et on pourra voir les balaffres sur mon coeur. Un visage de rocher sur lequel s'échouent les vagues. Avec un coeur de Francis Cabrel lorsqu'il chante je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai. Et a travers tous ces leurres qui n'ont pas réussi a leurrer ceux qui devaient être leurrés, c'est bien ce je tentais de fuir qui m'a rattrapé.

La tristesse. Celle qui fait furieusement mal. Si au moins j'étais cette merde qu'on interprète. Si j'étais réellement ce qu'on me reproche, je pourrais m'en foutre et passer a un autre appel. Malheureusement, si chacun leurre chacun dans ce grand théâtre, le masque est nécessaire. Malheureusement, mon coeur lui, n'en a jamais porté. Et a travers tout ce qu'on m'a reproché si violemment sans réellement savoir qui j'étais vraiment, le plus triste est que j'y ai cru par moment. C'est donc mon propre coeur que j'ai leurré...

Jean-francoisBohémie
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le 13 août 2023

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Johnny B

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