Que le temps a paru long ! 4 ans sans Laetitia Sheriff ont presque été une éternité pour tous ceux qui avait craqué sur Codification, le premier album de la Lilloise.
Sheriff a quelques excuses pour cette attente, ayant composé la bande-son d'un documentaire et rejoint la compagnie de danse contemporaine d'Hervé Koubi. On lui pardonne car la jeune femme retrouve ses deux compères de Mobiil (les talentueux Olivier Mellano à la guitare et Gael Desbois à la batterie) et car ce deuxième album est bel et bien l'oeuvre de quelqu'un qui a mûri et qui a su mettre à profit ses projets parallèles. Games over est donc un album brillant et complexe. On pourrait décrire certains de ces morceaux comme insidieux, obsédants, répétitifs (comme cette trame de piano qui habite tout the story won't persist mais laissant émerger de ce climat sournois de vrais bouffées d'émotions aériennes (Hullabaloo).
On pourrait en décrire d'autres comme fluides, mélodiques, gracieux mais en remarquant que derrière, des éléments bruitistes sont bel et bien là , contrebalançant l'humeur première (memento). C.'est toute l'ambivalence d'un album qui nuance sans cesse la présence de son auteur. Tour à tour femme vénéneuse et Lynchienne (Let.'s party), presque black (Cosmosonic), impertinente (The evil eye a un petit côté Luscious Jackson), jeune fille douce à la candeur de Nina Persson, Laetitia Sheriff a étendu la palette de ses possibilités et prends à pleines mains les rênes de sa musique. Fort des possibilités énormes de ces musiciens visionnaires, les arrangements qui se libère du carcan du trio guitare-basse-batterie en usant de piano, de l'électronique et en invitant le quatuor à cordes, Zeste Quartet (Cosmosonic).
Games over est donc un album indie rock classe et faussement classique mais qui porte en lui des éléments d'expérimentation formelle, d'ouverture musicale mais sans jamais prendre le pas sur les mélodies et les chansons elles-mêmes. On dit Bravo et on espère ne pas encore attendre 4 ans pour le troisième !