En 1995, c’est désormais Pierce Brosnan qui endosse l’habit de l’agent secret 007, le plus connu au monde, après six ans de pause. Il fallait marquer le coup avec un film spectaculaire et qui redonne un coup de jeunesse à la franchise. Pour ça, c’est réussi. La musique d’un James Bond est un élément essentiel du spectacle et il n’est pas question de se louper. Dans le passé, John Barry, George Martin ou plus tard David Arnold nous ont offert de superbes partitions. La chanson-titre est composée par Bono et The Edge qui font appel à la grande Tina Turner. Cette dernière n’avait pas du tout aimé la démo présentée par Bono. Et elle est sacrément bonne au final cette chanson, bien que sous très forte influence du « Goldfinger » chanté par la non moins grande Shirley Bassey. Non, ça n’est pas au niveau de la chanson du générique que le problème se pose, elle reste une des meilleures de la série. C’est le reste de la musique instrumentale. Barbara Broccoli et Michael G. Wilson, producteurs de la série et maîtres à penser, voulaient marquer le coup en confiant la B.O. à Éric Serra, histoire de faire « plus jeune, plus moderne, plus électro ».
Là, on va avoir droit à un déferlement de musiques synthétiques, ce qui en soit n’est pas un problème puisque d’autres B.O. de James Bond en ont inclus et avec succès : la musique de « L’espion qui m’aimait » avait mélangé 20 ans plus tôt les cuivres traditionnels à des rythmes disco. Malheureusement, ce qui marche chez Luc Besson ne fonctionne pas forcément dans un James Bond. Ça donne une musique qu’on dirait souvent jouer sur des claviers cheap («Dish Out Of Water » et ses glouglous synthétiques qui rappellent « Le Grand Bleu » !)…Cette musique devient presque inaudible quand on regarde le film, ou en tout cas très en retrait et Serra s’est plaint que les bruitages tonitruants la plupart du temps la couvraient, lors des courses-poursuites en particulier. Il avait pourtant demandé à EON de les baisser au maximum. Le refus a été comme une gifle. Comprenant leur erreur, les producteurs ont fait sans doute en sorte de couvrir au maximum une musique qui ne fonctionnait pas, par exemple dans la fameuse scène du tank…Wilson et Broccoli préféreront commander à David Arch et John Altman une revisite moderne et orchestrale du thème de Monty Norman. Ils ont tenté de sauver les meubles mais ils ont dû se retrouver coincés par des raisons légales, contractuelles et temporelles. Donc, obligés de garder la musique de Serra. Attention, j’aime bien les musiques qu’il a pu faire pour Besson mais là, c’est un faux pas et rejeter la faute sur la production est trop facile. À la réécouter aujourd’hui, on rêve des B.O. de John Barry, pleines de panache…Cette B.O. a ses adorateurs, je n'en fais pas partie.