GOLLIWOG
7.5
GOLLIWOG

Album de Billy Woods (2025)

Petite poupée de chiffon représentant une personne noire aux cheveux crépus et jouant de caractéristiques stéréotypées, le golliwog a connu une période de succès commercial au début du XXème siècle, plus particulièrement en Angleterre, avant de connaître aux détours des années 70 une controverse bien méritée pour sa portée foncièrement raciste. En nommant frontalement son album ainsi, l’ami billy woods met pile le doigt là où il aime : au cœur des problèmes.


Activiste de la scène underground depuis deux décennies et respecté dans le milieu, le rappeur new-yorkais connaît une exposition aujourd’hui plus marquée notamment du côté des critiques. Que ce soit en solo, avec son groupe Armand Hammer ou en compagnie du producteur Kenny Segal, chacune de ses dernières sorties a connu son lot d’avis dithyrambiques louant son écriture acerbe, grinçante couplée à un univers musical radical et étouffant. Et GOLLIWOG ne déroge pas à la règle.


Le titre volontairement choquant renvoie d’emblée à cette volonté d’être dérangeant, sans la moindre concession. Une intention que l’on retrouve autant dans l’ambiance générale que dans les lyrics de woods.

On est loin, très loin des structures classiques « bars + refrains + mélodie », ici les beats sont tortueux, entêtants, hachés, entre samples inquiétants et minimalistes. Avec des pointures telles que Alchemist, El-P, Conductor ou Kenny Segal, maitres en la matière, on est aux portes de l’angoisse, aux frontières du film d’horreur.


Le MC n’a plus qu’à faire parler sa science de la métaphore et de la description référencée pour mettre en exergue l’atmosphère noire du projet. Racisme/violence coloniale, oppression, aliénation contemporaine, violences conjugales, les thématiques les plus sombres passent au scalpel d’un chirurgien du mal. Avec les formes s’il vous plait. Corinthians n’hésite pas à évoquer l’immobilisme américain à Gaza, quand Waterproof Mascara fait cohabiter un sample live de pleurs/suffocations avec un texte froid pour imager une scène de violence domestique. Absolument glaçant.


GOLLIWOG est un album viscéral qui plonge dans un inconfort nécessaire où rien n’est gratuit ni simplifié. Il impose une écoute attentive, profonde à ce monde au bord du chaos permanent dans lequel billy woods trouve une inspiration fascinante. Plus qu’un exercice de style, c’est une œuvre totale et complexe, dotée d’une richesse sonore plus importante qu’elle ne peut laisser paraître. Les frontière du jazz (Shabaka présent avec son saxo sur All These Words Are Yours) et d’une sorte d’ambient rap viennent donner un relief supplémentaire au disque, où l’on peut reconnaître parfois un cheminement un brin alambiqué.


C’est sur les titres les plus lourds et plus bruts que le disque montre alors son visage le plus « accessible » : le puissant Cold Sweat et ses basses des Enfers, BLK ZMBY ou Lead Paint Test (en compagnie de son compète E L U C I D) sont de véritables démonstrations de force d’un rappeur sûr de son fait.


Rares sont les artistes encore capables aujourd’hui de jouer à ce point la carte du réel. De ne pas être à la recherche de contenus calibrés pour les algorithmes, notamment dans un genre qui est devenu le divertissement musical numéro un. Il rappelle ce que l’Art peut aussi être : un espace de vérité, cru et dur mais nécessaire.


[Chronique à retrouver sur Benzine]

AleksWTFRU
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le 14 mai 2025

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