Voilà une drôle d'idée qu'a eu le compositeur et producteur canadien John Oswald. Avec l'accord du groupe, il a sélectionné une centaine de versions de "Dark Star", un des morceaux emblématiques du Grateful Dead, un des préférés des fans mais pas forcément le plus évident. Le Dead ne pouvait pas être totalement surpris par la demande car après tout, la bande à Garcia a déjà procédé de la sorte en 1968 avec "That's for the other one" sur l'album "Anthem of the sun", résultat studio du mixage de plusieurs prises live, avec ajout de phasing, écho et variation de vitesse des bandes. C'est un groupe qui en concert, a toujours laissé une grande place à l'improvisation (certains morceaux pouvant durer jusqu'à 30 ou 40 mn!) et "Dark Star" en était souvent un point culminant. Une chanson classée au numéro 57 sur les 100 plus grandes chansons de guitare de tous les temps du magazine Rolling Stone! Ce morceau a été signé par Garcia et Hunter et est sorti en single en 1968 et il ne durait à l'origine que 2 mn 40. Les versions live choisies s'étalent de 1968 à 1993 mais le morceau n'a pratiquement pas été joué dans les années 80, avant de retrouver sa place dans les années 90: en 1990, le groupe a même invité Brandford Marsalis à venir jouer dessus lors d'un concert à Uniondale. Ce morceau était attendu par tous les Deadheads, comme la "zone", un espace magique, mystérieux et cosmique que peu de groupes peuvent prétendre atteindre et que le Grateful Dead, cherche à chacun de ses concerts à atteindre, sans forcément y parvenir. Puis, Oswald a relevé ce sacré défi, a monté ces bandes, les a assemblées très précisément pour arriver à une oeuvre totalement originale en 2 CD (le livret explique ce travail en détail).
Le 1er CD est sorti en 1994 et se nomme Transitive axis (60 mn), le 2e Mirror Ashes, est sorti en 1995 (46 mn). Ils ont été réunis en 2 CD en 1996. 3 ans de travail pour arriver à un album complètement prenant, se rapprochant d'une transe hypnotique comme pouvaient l'être les concerts du Dead. Le travail effectué a été énorme, John Oswald s'est beaucoup intéressé aux portions musicales entre les morceaux, quand les musiciens cherchent le "groove" suivant, la prochaine ligne directrice qui les emmènera vers une autre improvisation puis un nouveau morceau. "Grayfolded" s'articule ensuite comme le morceau de base : longue introduction fourmillante d'étoiles, arrivée des vocaux, montée, crescendo, explosion et récupération sur les hauteurs, avec des durées naturellement multipliées et des jonglages entre les multiples explosions, chaque concert n'ayant évidemment jamais ressemblé à un autre. Cette réalisation est presque un concert imaginaire d'un seul morceau qui durerait deux heures et ça marche! On est entre rock psychédélique, free jazz et musique expérimentale et le voyage est passionnant. C'est le seul enregistrement sur lequel on peut entendre l'intégralité des musiciens qui ont fait partie de la bande à Jerry Garcia entre 1965 et 1995 et ça aussi, c'est à noter. Un bon moyen de se rendre compte de l'importance de ce groupe unique mais évidemment, cet album est à réserver à ceux et celles qui connaissent déjà bien le groupe. La question sans fin est de savoir si c'est un album du Grateful Dead lui-même ou pas n'est pas si importante que ça. Certaines sources affirment que c'est Phil Lesh qui a contacté Oswald pour cette réalisation, d'autres que tout est parti de l'initiative d'Oswald. En tout cas, Lesh a répondu non quand on lui a demandé s'il s'agissait d'un album du Grateful Dead...Pour les néophytes qui auraient peur de se lancer dans le tourbillon de Dark Star revisité, l'album Workingman's dead est le plus accessible et plaisant.