Hallelujah
7.5
Hallelujah

Album de Igorrr (2012)

Le 21 décembre 2012, pour accompagner une hypothétique fin du Monde, Igorrr faisait sortir son album Hallelujah. Brutale et raffinée, c’est l’une des plus belles illustrations de pétages de plombs que j’ai jamais entendues.

Associant de nombreux styles (death metal, musique baroque, électro..) pour un résultat assimilable au breakcore (ou de baroque-core, dont la définition est encore bancale), Igorrr en est à son quatrième album. Sa musique est généralement qualifiée « d’avant-gardiste » ; comme si le futur pouvait banaliser un objet si singulier. Elle est expérimentale et déconcertante, au moins. Igorrr commence à être reconnu depuis son troisième album, Nostril (2010).

L’impression générale : des acteurs au bord de la rupture (avec la vie, la foi ou la raison) implosent, oscillent entre raccrocher ou se surpasser, tout détruire ou transformer. Les meilleurs morceaux ressemblent au portrait d’un personnage embrumé ; c’est l’heure de la tragédie dont il est le héros et lui vient, ivre et en rage, parfois même joueur alors que l’heure est grave et qu’il le sait trop bien. Mais qu’il s’en fout, à ce stade.

Le premier titre, Tout Petit Moineau, marque la totale fusion de tous ces éléments et sentiments contradictoires, tous issus de la même source et voués à exulter ensemble. Plus loin, Grosse Barbe investi exclusivement la branche apocalyptique de l’album. Trois minutes de rage euphorique absolue. Plus purement esthétique, Cicadidae est un autre exploit.

Relativement décevants, Damaged Wig ou Lullaby for a fat Jellyfish sont dans une démarche d’amalgame de préciosité et d’hystérie, les deux se soutenant comme pour contenir l’angoisse ouverte. Le sacré est rendu burlesque avec Absolute Palm, balayé par un tonnerre de sons aberrants, comme Vegetable Soup, une cacophonie rigolarde. Plus solennel, Corpus Tristis se donne comme une complainte étrange, une lettre de suicide qui ne veux pas se finir mais dont l’auteur n’aspire à rien par ailleurs ; le déni vient juste après avec Scarlatti 2.0, virant au véritable massacre symphonique organisé. On croit que les choses vont mal tourner, mais on reste dans la farce, avec la sensation qu’un monstre est embusqué. La torture Toothpaste surgit alors. A peine deux minutes de délire monomaniaque, avec un organiste juvénile possédé. On termine sur un Infinite Loop presque normal par moments, beau mariage de métal bourrin, de voix et violons lyriques.
Zogarok
8
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le 19 nov. 2013

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5

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