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Point d'orgue
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le 21 déc. 2022
Parmi les nombreuses formations de Zeuhl fondées à partir des années 1970 dans le sillage de MAGMA, quelques-uns n’ont pas publié d’album de leur vivant: PSEU, XALPH, APSARA, EVOHÉ, auxquels on peut ajouter ARKHAM, le premier groupe de Daniel DENIS (fondateur d’UNIVERS ZÉRO). Tous ont connu une sortie officielle tardive et éventuellement des publications bootleg retraçant leur répertoire en concert ou en studio. Et voilà qu’en février 2026, Soleil Zeuhl exhume des enregistrements d’un certain CARMINA, peut-être détenteur parmi les groupes de rock progressif français du record du plus grand délai entre la date de fondation et la date de première publication officielle: un demi-siècle!
Né en 1974 à Chaumont (Haute-Marne) des cendres d’un groupe de reprises de blues, CARMINA est formé autour du claviériste Olivier Brochart, compositeur de la seule pièce du groupe qui nous soit parvenue: "Hamra", qui logiquement donne son titre au présent album. À ses côtés, on trouve quelques noms connus: le percussionniste Michel DENEUVE, l’un des plus célèbres pratiquants de structures sonores Lasry-Baschet, et le saxophoniste Philippe GISSELMANN, collaborateur de musiciens aussi divers que Yockh’o SEFFER (le premier saxophoniste de MAGMA et co-fondateur de ZAO avec François CAHEN), Serge Bringolf (fondateur du groupe de Zeuhl STRAVE) ou encore Lyonel BAUCHET (créateur de musique électronique).
Le plus grand défaut d’"Hamra" se révèle bien vite: de larges plans de la composition sont inspirées de près de "Köhntarkösz", composition de Christian VANDER figurant sur l’album éponyme (1974) de MAGMA, dont on trouve successivement des réminiscences, pas forcément dans l’ordre. CARMINA reprennent les chœurs martiaux au début du premier mouvement de "Kökntarkösz", juste après l’introduction, la ligne de piano électrique du second mouvement, les ténébreuses pêches de piano à la fin du premier mouvement, le doux passage pianistique à la charnière des deux mouvements ainsi que, bien sûr, les fameux points d’orgue inauguraux, chacun marqués par un mini-chorus de batterie. Tous ces éléments sont revisités au cours de "Hamra", parfois à plusieurs reprises.
CARMINA ne furent pas les seuls à s’inspirer de "Köhntarkösz". RIALZU s’inspirèrent de l’introduction pour leur pièce "U Rigiru" (1978), Jean-Pierre ALARCEN cita très brièvement une ligne de chant du second mouvement au cours de son Tableau N°1 (1979), de même qu’UNIVERS ZÉRO (eh oui) sur "Combat" (1981). Cependant, chacun de ces morceaux avait son identité propre; même "U Rigiru", malgré sa citation un brin trop insistante, sait trouver sa voix propre passée l’introduction. Ce n’est pas le cas de "Hamra" qui est trop lourdement référencé.
Trois versions de "Hamra" figurent sur ce disque, une prise de studio de janvier 1976, un enregistrement en répétition de décembre 1976 et un extrait live de juin 1977, auxquelles il faut en ajouter une quatrième, une captation de concert datant de mai 1977 et désormais diffusée sur YouTube. Une chose intéressante est que l’on peut au cours du temps suivre l’évolution de la pièce, passant de quinze minutes en janvier 1976 à trente-six minutes en mai 1977.
Les deux premières versions de "Hamra" se concluent toutes deux comme elles ont commencé, avec le rip-off de l’ouverture de "Köhntarkösz", comme dit plus haut. Plus longue de dix minutes, la deuxième est plus étirée mais contient cependant quelques développements supplémentaires (notamment un accelerando vers la fin) ainsi qu’une brève coda dissonnante. Dernière piste de l’album, l’extrait live contient une version du dernier mouvement de "Hamra", avec des chœurs incantatoires accompagnant l’accelerando menant à un passage inédit avant la conclusion. L’interprétation est de qualité, les musiciens jonglant aisément avec des nomenclatures complexes. Le résultat est donc plutôt percutant malgré l’ingratitude du son.
On peut à présent toucher un mot de la version bootleg publiée sur YouTube. En 1977, "Hamra" a encore évolué et a gagné en singularité, notamment grâce à Michel DENEUVE au vibraphone aidant à digérer les influences magmaïennes, une introduction remaniée et une interprétation furieuse. Pourquoi Soleil Zeuhl ont-ils fait l’impasse sur cette troisième version alors qu’elle aurait trouvé sa place en format CD? Peut-être pour éviter une trop grande redondance entre les trois versions d’une même pièce? Ce n’est pas vraiment un problème tant les versions diffèrent les unes des autres. L’album n’en aurait été que meilleur.
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le 14 juin 2026
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